mardi 8 janvier 2013

The show must go on !


2013, année de... Allez, on vous laisse finir la phrase :-)

Nous, à Colline, on a dit "de la fraise"; ça tombe bien, mon bonnet d'hiver (ma tuque!) en est justement une, de fraise. Et mes envies aussi en sont... de fraises. Alors : on remet le couvert, on reprend les mêmes, et on recommence. Même ville, mêmes boulots, mêmes envies... Et un bébé de plus pour l'été !

"Mais, je croyais que vous étiez installés..."

Ben, oui, nous aussi. Mais voilà, on ne peut pas s'empêcher de continuer... la discontinuité. Que le spectacle (de la vie) continue !

---- Alors, pour 2013, au menu, on vous propose... ----

*** Une tribu de marmottes ***

Il paraît que quand on passe d'un à deux enfants, on devient une "tribu". Alors, finalement, c'est presque comme vivre en coloc ? Vu la vivacité de notre petite chérie, qui sait déjà si bien exprimer (très) haut et clair de ses cinq mots fétiches tout ce qu'elle veut : maman, papa, nana (manger), wawa (animal) et lu-ère (lumière) et qui prend tant de plaisir à ouvrir les placards, fermer les placards, ouvrir les placards, étaler ses jouets par terre, jeter sa nourriture par terre, étaler nos manteaux par terre, sauter sur le canapé, courir dans nos pieds, ouvrir et fermer les portes en nous faisant peur, faire des bisous à ses poupées, à ses copains, à ses parents.... Je crois, en effet, que 2013 sera synonyme d'un grand bazars général et joyeux plein des rires et des sourires d'une future grande sœur et des regards éberlués d'un futur petit frère ou d'une future petite sœur.

Et pour nous, les grands parents, les tata et les tontons, les marraines et les parrains, ce sera encore beaucoup de plaisir à admirer les visages naïfs et rayonnants s'illuminant devant....

... la neige....



 ... ou simplement un bon repas !


***Une chambre d'hôtes dans un écrin de verdure en centre ville***

Ah ben oui, on a peut-être oublié de vous dire qu'on a (encore) déménagé... Bon, ça s'est passé en septembre, Mme Marmotte-Gwen avait sur un coup de tête regardé les annonces de 4 pièces en centre ville avec une grande idée derrière la tête, et là, surprise... A louer, une belle maison de 3 étages, 3 chambres, à 250m de la Gare Lille Flandre, avec une terrasse, dans une résidence avec jardin; qui dit mieux ?? Un coup de fil, une (grosse) liasse de paperasse, et nous voilà en possession du bail et des clefs en rentrant de vacances, le 15 septembre. Mazette, je n'ai jamais habité dans un espace aussi grand ! Presque 120m carrés... Les escalier nous font les jambes, le jardin notre plaisir, le salon celui de Colline, qui crapahute sous la table depuis les premiers jours dans notre nouveau chez-nous. Mais voilà, c'est un peu "trop" grand : on y accueillerait bien du monde, dans ce petit paradis. Les amis passent, la famille... Les lieux s'aménagent, petit à petit... Canapé-lit dans le salon, peintures dans les chambres, aménagements de droite et de gauche, cadres et déco (enfin) à coups de perceuse à béton (dur, dur)... Et puis un deuxième lit immense, des meubles un peu rétro. De quoi, finalement, déposer notre déclaration de chambres d'hôtes en mairie. Le premier hôte en novembre, une bonne nuit, un bon café et du bon pain frais; à quand les "tribus" familiales de Belgique ou d'Angleterre, les amoureux en mal d'un weekend confortable, les hommes et femmes "d'affaires" aussi, parce qu'il y en aura sûrement. Envie d'être à plusieurs, envie de se mêler, de s'inspirer, de découvrir, de s'étonner, de différences, d'autres regards, d'autres visions, de richesse d'être, de collectif, de co-créer, d'une communauté d'étrangers, de dépasser les bornes, les frontières, soi-même. Depuis 15 ans, l'idée germait : notre chambre d'hôtes / B&B Grignote la Marmotte vous attend, ici : http://lesmarmotteseneurope.blogspot.fr/p/chez-grignote-la-marmotte.html C'est ouvert, faites passer le mot ! Et vous, amis, venez tester for free !





***30 ans!***

Ah oui, ça aussi ça va se fêter... Le 21 avril 2013, Nicolas aura 30 ans. Qui sait ce qui l'attend !



***Un voyage en Orient dans les arcanes des souvenirs d'enfance***

Bon, quand même, tout n'est pas surprise : pour fêter cette décennie de plus, Nico a déjà reçu deux (trois) billets d'avion, destination Istanbul ! Pour découvrir enfin les souvenirs d'enfance de Gwen, et en faire de nouveaux, à la frontière de l'Europe et de l'Asie, sur des ferry, le long des flots du Bosphore, au son du muezzin des mosquées d'autres temps.


--- Et parce qu'on est pas radins, on en a aussi pour 2014 : ---

***Un mariage en été***

Je crois que l'idée a germé parce qu'on cherchait une (nouvelle) occasion d'organiser une grande fête avec tous ceux qu'on aime. Ou alors, est-ce qu'on serait finalement d'éternels romantiques ? Mon petit doigt me dit que c'est un peu des deux, surtout quand je repense à la jolie demande qu'un soir m'a faite mon amoureux, les yeux brillants comme quand on s'est connus en 2005...

Alors, pour ceux qu'on ne verra peut-être pas avant... Et aussi pour vous tous qu'on verra d'ici là ! Rendez-vous, on l'espère mille fois, en juillet 2014 (date à confirmer, on vous tient au courant), dans le jardin de la maison de banlieue parisienne de mes parents, sous le soleil l'été, pour un moment de beau temps, hors du temps.


D'ici là, que l'année 2013 vous émerveille par la beauté du monde et sa capacité à se régénérer, loin du pessimisme ambiant auquel je dois dire, entre nous, que nous, nous ne croyons pas.

jeudi 29 novembre 2012

La nécessité du désapprentissage, ou pourquoi on oublie... Ou pourquoi essayer de se rappeler

Colline a 14 mois. Comment était-elle, déjà, il y a un an ? Ces quelques pages sont là pour me le re dire, car bientôt je ne m'en rappelle déjà plus. "A quelle âge a marché ton fils"? Je demande à mon amie, alors que Colline fait ses premières pas de grandes il y a tout juste quelques jours, sans nous tenir la main. "Oh... Je ne sais plus trop", me répond mon amie.

C'est vrai, ce moment est souvent marqué d'une pierre blanche. A quel titre ? Une prouesse bien plus grande que de savoir saisir les objets, manger en mâchant, se tourner sur soi même ? Prouesse factice en fait, faite d'une évolution quotidienne depuis plusieurs mois, et qui nous surprend peu le jour où cela arrive, car on s'y attendait.

Bref, même cette date là, celle où l'enfant marche, parfois, on l'oublie; à moins de la noter, en mot ou en pensée, pour faire en sorte de se la rappeler. Parce que quand on est parents, on oublie tout. D'abord l'accouchement. Puis les nuits à ne pas dormir. Les pleurs qui serrent le ventre. Les bobos qui saignent parfois. Mais les prouesses aussi, les étapes, les pas de plus dans la vie, on les oublie.

On oublie, parce qu'on est dans le présent. La seule manière de partager avec l'enfant. L'avenir, le passé, il n'en n'a que faire. Il a besoin que vous le compreniez, là, maintenant. Pas que vous vous rappeliez qu'il y a deux semaines encore il prenait un biberon le soir; mais bien que là, maintenant, il n'en veut pas, et que c'est normal.

Être parent, c'est apprendre la nécessité du dés-apprentissage. Être présent au présent, comprendre l'enfant dans son actualité, qui change tout le temps, si vite. Tellement vite qu'il est dur d'accumuler, comme une base de données, à la fois le souvenir précis et ponctuel de son état passé, et la compréhension subtile et évolutive de son état présent. Quant au futur, oubliez le, il se rappellera bien à temps à vous !

Ce présent, il vous emplit tellement, que vous vous oubliez aussi. Pas dans vos désirs, ou vos besoins, de peur de faire s'écrouler le château de vous même sur lequel vous avez tout construit. Mais vous oubliez votre passé, dans sa ponctualité. Comment étiez-vous, à 4 ans ? A 5 ans ? C'est loin ! Ça se mélange avec ce que vous voyez de l'enfant. Vous vous étiez pourtant bien dit "quand je serai grande, je saurai me rappeler de comment j'étais" parce que "mes parents devraient comprendre ce que je ressens, ils sont passés par là"; et oui, mais c'est le fait même de devenir à son tour parent qui tend à occulter l'enfant qu'on a été.

Alors, il faut prendre le temps. Le soir, la nuit, au milieu de vos rêveries et de vos rêves, rappelez vous. Rappelez vous comment vous étiez, petit. Le monde incroyable que vous vous inventiez. Pourquoi c'était normal de croire qu'une vache pouvait voler, et qu'il était bien stupide de vouloir vous empêcher de jouer dans la boue. Rappelez vous le besoin incommensurable de câlins et de bisous, et combien vos parents étaient vos piliers.

Alors en se rappelant, parfois, on réussit à faire le lien entre la compréhension présente de l'enfant et le souvenir du passé. Et on accepte, si facilement, les pleurs et les entêtements, comme des états d'âmes magnifiques nous dévoilant le monde magique et profond de l'enfance.

jeudi 11 octobre 2012

Je suis un être humain

Merci à Anne d'avoir partagé avec nous cette petite merveille... Merci aux auteurs-réalisateurs...

lundi 18 juin 2012

Se couper en....

Retour d'un week-end chargé; en visites, en amitié, en émotion. Et sentiment de frustration. Le couteau tranche, tombe, coupe, se relève, révélant tour à tour des tranches fines de courgette, de banane ou de pommes prêtes à être enfournées dans le babycook; une pour papa, une pour maman, une pour Colline... Une pour Florian, une pour Thomas, une pour Agnès... Une pour Oncle Tom, une pour tata Rachel, une pour Granny.... Une pour Marjo, une pour Dorian, une pour Sophie... Et une pour moi, parfois ? Le mercredi, t'as le droit. Droit d'être toi, droit de courir, droit de grimper.... Droit de ranger, droit de cuisiner, droit de remplir des papiers !! Écrire ? Tu le feras après. Pour l'instant, c'est le temps de se couper en mille, de donner ces morceaux à tout le monde, de supporter la frustration de ceux qui te voudraient entière, et la tienne propre à ne pas plus donner; à ta fille, que dans tes bras toujours tu voudrais serrer. A tes amis, que d'une oreille attentive toujours tu voudrais écouter. A ton amour, que tous les jours tu voudrais cajoler. Équilibre à trouver, pour à tout le monde donner assez, sans pour autant te fragmenter. Colline qui crie de joie quand tu la vois, et tu te dis qu'elle grandit et que demain il sera trop tard. Trop tard pour l'observer, trop tard pour lui parler, trop tard pour rire avec. Ton ami(e) qui te parle, ta fille qui t'interrompt, dans les yeux des deux, de l'incompréhension. Être parent, être maman... Apprendre à se couper en 3, en 4, en dix, et avoir autant d'yeux et d'oreilles que d'êtres aimés qui t'entourent. Et espérer, oui surtout espérer, que tes amis comprendront que lorsque tu ne les regardes pas tu les écoutes quand même, mais que ton œil doit rester sur sa bouche pour s'assurer qu'elle n'avale rien qui puisse l'étouffer. Que quand tu t'interrompt pour dire à ta fille "bravo" ou "non" c'est parce que c'est maintenant ou jamais, et que pour autant tu la veux, la suite de leur histoire, leur quotidien à eux, qui fait que tu les aimes. Et là tu penses à t'arrêter, à ne plus travailler, à retrouver du temps. Pour que chacun ait son créneau, pour ne pas tout mélanger, pour te donner entière et recevoir aussi. Le temps de remarquer qu'aujourd'hui il fait beau et qu'il est temps d'en profiter. Mais ne plus travailler, ne serait-ce pas se couper encore plus ? Comment savoir ?....

mardi 22 mai 2012

Mémoire dormante

Alors que ce dimanche après-midi nous sommes assis en cercle autour de la table de jardin de deux amis Montréalais, le temps s'arrête soudain le temps d'une conversation très hawkinnienne sur la nature linéaire ou cyclique du temps. Et de dire à Louis, après qu'il m'ait résumé `une brève histoire du temps` : `je suis dans une autre dimension spacio-temporelle`. Pas si faux. Si cette semaine à Montréal quittée hier a ressemblé à une répétition improbable du cycle 2007-2010, elle n'est pas pour autant une redite identique, mais bien un cycle renouvelé où nous nous retrouvons nous-même et retrouvons nos amis avec la richesse du temps passé entre-temps. Comme le temps qui atteindrait un pôle et revirerait sur lui-même, nous atterrissons soudain dans une nouvelle dimension. La dimension de la mémoire dormante.

Etonnés d'abord et débousolés par le décalage horaire, en proie à une certaine inquiétude pour notre petite fille sans défense que nous trimballons de ci de là autour du globe, chaque jour dans de nouveaux lits chez de nouveaux amis, nous vivons décallés pendant presque trois jours. Là mais sans l'être, impreignés de cette culture que nous avons tant vécue, mais dans notre peau de français encore, ne comprenant pas ce que les gens nous disent (en québécois) mais voguant sur une étrange vague de bien-être et de confort. Sans temps aucun, enfin, pour nous soucier de ce décalage, puisqu'après tout nous avons tant à faire avec les retrouvailles, des amis, de la ville; et le partage : entre nous deux, entre nous trois. La rue Saint Laurent qui déroule sous nos pas, le parc du Mont Royal qui nous offre ses écureuils, un brunch puis deux à coup d'oeufs tournés ou miroirs et de poutine chez Claudette....

Et puis la mémoire dormante se réveille. Elle n'est ni l'inconscient dont parle Freud, ni la mémoire telle qu'on la dit, celle qui voit les souvenirs et les sourires, des événements et des choses. La mémoire dormante : celle de l'autre dimension. Celle que le cerveau a consciemment vécu pendant un temps, pour la mettre ensuite en sommeil car elle ne servait plus. Celle qui, pourtant, ne s'oublie pas. Celle du vélo, celle de la nage. Celle du nom des rues. Des stations de métro. Des magasins. Et du parler, enfin; de la langue si chantante du Québec. On est à nouveau Montréalais.


Au bout de 3 jours, j'suis p'us cabab' de parler autrement que comme ça. C'est comme... normal. Je tutoie les serveurs, trouve la pointe et l'intonation, me fait même dire, dimanche, que mon accent est facile à comprendre pour une anglophone qui a appris le français avec des Québécois de Sherbrooke. Les numéros à nouveau s'épellent en "5-1-4" au lieu de "0-6". Nico, lui, me dit rêver en Québécois. C'est-tu si étonnant que ça ?

Quelle richesse alors on découvre en soi. Richesse de deux cultures, de plusieurs dimensions de pensées, de plusieurs choix de vie. Cette vie là bas nous reste ouverte, nos amis nous parlent comme hier, nous leur parlons comme demain. On fait l'party ensemble avec des bières de là bas, on les invite en France pour goûter la bière des chtis. On sait que certains seront toujours partie de nos vies, qu'on s'reverra plus tôt qu'on le croit. Que le Québec, plus qu'un souvenir, est part de nous, ensommeillée du serein sommeil translucide de Rodin.

On conscientise, aussi, cet habit québécois et cet habit français. On fait des liens. La "coopération" québécoise, si admirée en France, pourrait-elle exister sans l'individualisme, la confiance et la prise de risque? Et un Français serait-il prêt à cet individualisme pour atteindre la coopération? Comme me le disait un ami émigré à Montréal de très longue date, le choix doit être fait entre "se sentir seul parfois, ou avoir un voisin sympatique qui veut sans cesse savoir ce que j'ai dans mon assiette". Seul l'individualisme permet une logique de coopération réellement efficace car non entravée par certains détails bien français : possessivité envers les autres, recherche de reconnaissance, comptes à rendre et susceptibilité. Comme le disais Baudry dans son livre "Français / Américains, l'autre rive", nous Français vivons par le groupe dans une notion de responsabilité collective et d'attachement à tous prix; de l'autre bord de l'Atlantique, il semblerait que le groupe soit moins majeur au développement de chacun, donc dédramatisé.




Ainsi va donc ce dernier dimanche au soleil de Montréal, sous trente degrés qui tapent et nous font vivre tout au ralenti. Nos derniers mots sont pour nos enfants, quatre petits êtres qui s'égaillent ou s'égosillent dans le jardin à la verte pelouse. Devant nos doutes de parents encore naissants, nous découvrons avec bonheur le partage de points de vue entre cultures différentes et espérons insuffler cette joyeuse diversité à nos chères têtes souriantes, pour les rendre, peut-être, plus libres et plus heureux.


dimanche 1 avril 2012

Re(de)(ux)venir




Robert Charlebois en son temps l'avait chanté, par Ariane Moffatt vite confirmé, "je reviendrai à Montréal, dans mon Boeing bleu de mer"... "je reviens à Montréal, la tête gonflé de nuages"... "en format original, je rentre à Montréal...", "je serai rentrée à la nage, si je n'avais pas eu tant de bagages."


Ariane Moffatt Retourne à Montreal par metal83

Le 13 mai, ce grand Boeing bleu de mer ou un autre nous ramènera en effet à Montréal pour une semaine. Une semaine de soleil ou contrairement à Charlebois nous ne goûterons pas la neige et l'hiver, car ce ne sont pas eux qui nous manquent.

Ceux qui nous manquent, c'est vous. Vous autres Québécois qui faites un peu partie de nous; vous autres amis français qui avez choisi ce pays. Ceux qui nous manquent, aussi, c'est nous. Les nous que vous nous avez aidé à devenir ou que vous nous avez vu devenir lorsqu'on était chez vous. Revenir, c'est un peu redevenir. Enlever son manteau de Français et remettre ses gougounes du Québec, ôter ce vouvoiement qu'on adopte sans cœur et dire tu à tous ces inconnus, apporter quelques becs bien de chez nous pour compléter les hugs d'Elvis Gratton et les soupirs de Léolo.

Se retrouver un peu, donc, sans les couches historiques des quatre derniers siècles du vieux continent, la Vieille Europe. Presque, aussi, comme si c'était sans les couches, plus récentes et moins historiques, de notre chère Colline. Ce petit goût de Québec qui nous passe sur les lèvres en parlant du voyage à venir a un goût de l'avant et la saveur des amoureux. Il nous parle d'un temps où nous étions à deux et la main dans la main, les yeux vers le soleil où se cachait une Colline pas encore née. Il nous donne le souffle qui cet après-midi nous porte vers la terrasse des cafés et les parcs en bourgeon, notre fille sous un bras mais sans nous en soucier. Il nous rappelle d'avoir envie sans peur et plaisir sans contrainte, de voir ses pleurs et rires avec aisance et insouciance et ses couches et petits pots comme des jouets qu'on s'est nous même choisis.

Redevenir deux, tout en devenant trois. Dans la même liberté.

"Je reviens à Montréal, portée par un héritage... Enfin je suis un peu plus sage...." dit encore Ariane Moffat. La sagesse de l'Europe? Celle de la mère, plutôt. Et du père. Et du plaisir d'être trois.

Et qui sait ce(ux) qu'en "venant" à Montréal nous y (re?)découvrirons encore ?

dimanche 11 mars 2012

Le temps (n')est(-il) (pas) extensible ?

Quelques temps déjà que je pense écrire ce message et voilà que je me suis laissée prendre à mon propre jeu : celui du temps, qui tel un serpent se mord la queue. Les jours passent sans compter, égrainant sur leur cours les centimètres de Colline (qui a déjà 5 mois 1/2 !) et les milles rencontres de nos vies. Et puis un soir à 17h on se retrouve entre 10 couples de parents angoissés et d'enfants malades, tous plus âgés que Colline, dans la salle d'attente des urgences pédiatriques de l'hôpital Jeanne de Flandre, Colline pleurant de fatigue dans nos bras, et moi un bonnet jusqu'au cou pour réparer mon otite carabinée; alors, seulement, le temps s'arrête devant l'épuisement du corps qui ne suit plus.

Logistique à coups de chauffe-biberon, de porte-bébé, de cosy et de couches, et sang-froid à coup de portage à bras et de balades dans les sous-sol, puis au bout de quelques heures on nous laisse finalement "nous sauver", dans tous les sens du terme : rentrer enfin chez nous, vers 1h du matin. Retrouver nos affaires. Retrouver nos lits. Colline, fatiguée, dort. Elle mettra quelques jours à se remettre de cette grosse fatigue, des heures dans les couloirs à hurler de faim sans pouvoir manger, dans l'attente de l'échographie abdominale qui ne trouvera rien d'anormal à son estomac. Finalement rien de grave : ses vomissements quasi-quotidiens et sa perte d'appétit et de poids depuis 2 semaines seraient dus à une allergie aux protéines de lait de vache. La solution ? Changer de lait ! Déjà depuis 2 jours on en voit les effets : biberons qui s'engloutissent et joues qui redeviennent bien roses. Quant à moi, pas de problème de foie, et au bout de 10 jours je viens enfin à bout de ma gastro-laryngite-otite. Nico, fatigué, se remet doucement d'une semaine à tout faire seul à la maison.


Aujourd'hui, dimanche, première fois depuis des mois que nous sommes seuls tous les trois à la maison et que nous n'avons rien de prévu. Pas d'amis ou de famille à voir, pas de visites, juste nous et notre confort. Il aura fallu ça pour que nous reprenions enfin la liberté que nous avions au Québec : celle, si peu aimée en France, de "tchocker", dont la plus proche expression française serait "poser un lapin". Même si, dans les fait, on prévient souvent quand on tschocke : il s'agit plutôt d'annuler un engagement. Aujourd'hui, on en a annulé 2 : un ami qui devait depuis 2 mois venir nous rendre visite de Bruxelles, et des amis que nous essayons de voir depuis 3 mois... La liste des gens à voir est longue, et la liste d'attente s'allonge bien malgré nous. Alors après tout qu'importe si parfois on "tchocke", en toute amitié, quand c'est notre tranquillité, notre santé, notre bonheur, qui est en jeu ? Quand les engagements sont si nombreux qu'ils remplissent tout notre "temps libre" ? Quand annuler un rendez-vous prévu veut dire passer du temps au calme, mais veut aussi dire mieux profiter d'une rencontre fortuite ? 

France, pays de la culpabilité, où je me sens depuis 1 an plus responsable et plus coupable que tout ce que j'ai pu ressentir en trois ans et demi à Montréal. Encore plus en tant que mère qui travaille. France, pays du devoir, où l'on se lève le matin parce qu'on "a des choses à faire", semaine ou dimanche, où même dans la plus grande fatigue on continue d'avancer car "on a promis qu'on irait". France, le seul pays où Benabar a pu inventer cette chanson, "le dîner"...

J'veux pas y'aller à ce dîner,
J'ai pas l'moral, j'suis fatigué,
Ils nous en voudront pas, allez on n'y va pas.
En plus faut que je fasse un régime ma chemise me boudine,
J'ai l'air d'une chipolata,
Je peux pas sortir comme ça.
Ça n'a rien à voir je les aime bien tes amis,
Mais je veux pas les voir parce que j'ai pas envie.
On s'en fout, on n'y va pas,
On n'a qu'à se cacher sous les draps,
On commandera des pizzas, toi la télé et moi,
On appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelque chose
.....

On est rentrés en France pour partager du temps avec tous ces gens qu'on aime, mais pour partager avec l'autre, encore faut-il être soi. Pour profiter du temps avec l'autre, encore faut-il passer du temps avec soi. Encore faut-il comprendre, enfin, que le temps tout à la fois n'est pas extensible et pourtant l'est tout à fait. Il n'y a qu'une vie, qu'une année dans une année, que 24h dans une journée et que 60mn dans une heure; mais on fait ce qu'on veut (et parfois ce qu'on peut) avec ce temps, y compris au dernier moment, dans le respect de notre bonheur et de notre liberté, en priorité. Si on ne sait pas prendre soin de nous, personne ne le fera à notre place, comme me disait en 2008 un ami perdu de vue de la ville enneigée.

Regarder chaque jour comme une page vierge plutôt qu'un agenda rempli. Se dire que la page se remplit au fur et à mesure et jamais en avance. Un jour futur n'est pas un jour passé, et l'heure qui vient n'appartient, au fond, qu'à vous. A vous de savoir si vous voulez y dormir ou y travailler, y pleurer ou y rire, y être seul ou accompagné. A vous de savoir ce qu'il vous faut, à cet instant, pour équilibrer votre propre harmonie. Déplacez ses rendez-vous, tous les jours s'il faut, en s'excusant au besoin, mais avant tout vivre pleinement, pour soi, pour la vie, et pour ceux qu'on aime.

Alors si demain nous ne sommes pas là avec vous, comme si demain vous n'êtes pas avec nous, pensons chacun les uns aux autres avec joie en se disant que cette absence est la preuve de notre liberté et de notre bonheur, et que la présence de demain voudra encore d'avantage dire le bonheur de se revoir. 

Mise à jour à 20h... Nos amis que nous cherchions à voir depuis 3 mois sont finalement passés nous voir en fin d'après midi, rapportant du gâteau et un magnifique cadeau pour Colline.... Plaisir de l'imprévu !

Rencontre des cousins, février 2012(mot de passe, Colline)



"Sainte Colline" se repose

dimanche 5 février 2012

12 mois : une courbe qui monte et qui descend

Confusion. C'est le mot qui me traverse l'esprit lorsque je sors de chez la sage-femme mi-décembre. La veille au soir, j'ai dit à Nico que j'avais besoin qu'il donne sens à mon corps. Pour la première fois depuis longtemps, je perds une plénitude propre à la grossesse, à la maternité. 

La sage-femme me dit que toutes les femmes ne ressentent pas le même sentiment. Certaines restent à jamais fusionnelle avec leur enfant; d'autres, au contraire, ne ressentent jamais ce sentiment de fusion si intense que son arrêt est presque un deuil. Pour moi, la grossesse aura duré 12 mois: le temps d'une courbe qui monte et puis qui redescend. On n'est pas enceinte: on le devient; on n'est pas "libérée" par l'accouchement: on le devient. Le corps, pendant longtemps, est l'hôte d'un, d'une autre. Il doit être protégé, choyé, entretenu, pour l'autre.

Puis un jour, le corps de l'autre n'a plus un besoin fondamental du vôtre. On pourrait croire que c'est lorsqu'on arrête d'allaiter qu'on ressent ce vide soudain; pour moi, c'est le sentiment de vide qui m'a poussée à ralentir tout doucement l'allaitement. Le sentiment que ma fille savait sans peine vivre sans.

Et moi, sans elle sur mon sein pour donner du sens à mon corps, ai regardé soudain mon propre nombril et me suis sentie faible. Plus d'abdominaux, pas même assez pour me relever quand j'étais sur le dos. Un ventre mou et sans défense, symbole de la douceur accueillante de la mère, mais sans la tonicité propre à mon caractère. Un ventre où la main s'enfonce sans peine quand on appuie; où la peau s'étire sans peine quand on la pince. Quelques kilos de trop, aussi. Et tout à coup, je me suis dit, "si je voulais, je ne pourrai même pas grimper à l'arbre".

Et j'ai voulu redevenir moi; mais comment se retrouver quand on s'est perdu de vue depuis presque 12 mois; ça prend du temps. Le regard de l'autre, des autres, aide un peu, parfois. Les efforts, aussi. 5 semaines que tous les matins je me lève aux aurores pour remuscler mon corps, jusqu'à ce qu'enfin je sente à la place du vide les muscles qui me permettent de courir, de parler de ma voix haute (impossible sans abdo!), de me relever sans l'aide de mes bras, de sauter, enfin, dans les bras de mon amoureux. Des muscles, aussi, qui me servent à mieux serrer ma fille dans mes bras.

Et puis vient le travail, qui passionne et préoccupe à la fois, qui pousse les neurones dans des connections renouvelées; et la première "sortie de filles", pendant que Nico est avec ses copains et Colline avec ses grand-parents. Les premières danses, où l'on se rappelle son corps d'avant. Qui, certes, pourrait bien garder quelques marques... Mais si Foresti le prend avec humour, pourquoi pas moi ?

Une grossesse dure-t-elle vraiment 9 mois ? Certaines diront qu'elle dure 2 ans avec le temps de restriction imposé par la volonté préalable d'être enceinte. Pour d'autre, comme moi, c'est 12 mois. Pour d'autres, c'est tout une vie.

Et pour le papa ? 5, 6 mois, sans doute; le moment où la courbe est au plus haut. Mais seul lui pourra vous le dire !

dimanche 18 décembre 2011

1, 2, 3 : chacun sa vie !


Et une vidéo de Colline au Réveil: mot de passe: colline



 A vos marques, prêts ? Partez ! 9h10, lundi matin : départ chez la nounou. Bras dans une manche et bonnet de travers, Colline râle un peu que je lui mette son manteau, puis me regarde attentivement quand je lui dis : "on va chez Salma"; et là, elle me sourit de toute sa bouche (à défaut de toutes ses dents)... Alors qu'elle n'a que 2 mois et demi ! Arrivée chez Salma, c'est à elle qu'elle sourit, encore. Hadia, fille de Salma, 15 mois, accueille Colline les bras ouverts en titubant vers la porte d'entrée: "Bé-bé!", dit-elle, heureuse. Elle va pouvoir, comme tous les jours, faire de petites caresses sur le visage et les mains de Colline et faire le gué près de son transat, et bien sûr lui chanter des chansons et des comptines en dansant devant elle.

2 semaines ont passé depuis que Colline a passé sa première journée chez sa nounou. 2 semaines Colline a sa vie et moi la mienne. Et voilà que je croise l'autre jour la maman de Raphaël, petit garçon de 12 mois gardé lui aussi par Salma. Et tout à coup je me rends compte: Colline la connaît bien, cette maman-là. Elle la voit tous les jours! Et moi, c'est la première fois que je la croise. Ma fille connaît des gens que je ne connais pas; comme c'est étrange, quand on sort d'une période de 2 mois et demi de fusion totale à être ensemble 24h / 24, sauf garde exceptionnelle pendant une heure ou deux. Là, c'est 8h par jour que nous passons chacune de notre côté. Chacune fait ses rencontres et ses découvertes; et chacune, le soir, raconte à l'autre.

Raconte, oui. Je me surprends hier à dire à la pharmacienne que notre fille "parle". Certes non, ce n'est pas des mots qu'elle utilise pour s'exprimer. Mais quand, le soir, je la ramène à la maison, et que goulûment elle m’attrape le sein pour téter après une journée à goutter mon lait au plastique de la tétine, elle me dit tant de choses... Par son regard, d'abord; plongé dans le mien, absorbant mes paroles, profond jusque son âme. Puis, quand elle est un peu repue et peut un peu attendre, par ses "pauses-sourires" au milieu de la tété. Elle décroche, lève la tête, me regarde encore, et dit "aheuh" à toute berzingue en souriant autant qu'elle peut. Puis c'est "papa qui rentre", ce moment si intense où j'entends l'ascenseur et où Colline s'agite en entendant son papa qui arrive. Après, on discute tous les trois. 1, 2, 3: chacun nos vies.

Nico raconte sa journée au travail; je raconte ma journée de travaux, de rencontres ou de ré-éducation. Colline nous regarde, se marre franchement, répond aux "coucou" par des "aheuh", parfois pendant plus de 30mn. Quels échanges ! Qu'est ce que ce sera quand elle parlera ! Déjà dans quelques semaines elle chantonnera sans doute à son tour, produira de nouveaux sons et fera de nouveaux gestes qui la confirmeront aux yeux du monde comme la personne à part entière qu'elle est déjà. Quant à moi, dans quelques semaines, j'irai à nouveau quotidiennement au boulot, puisque j'ai trouvé ma place en tant que consultante stratégie / RH / organisation interne pour des structures ESS (associations, coopératives, collectivités) dans l'équipe de Multicité; 2012, ça promet !

jeudi 1 décembre 2011

Le temps d'un (petit) bébé

Colline à la maternité à 1 jour, le 29 septembre 2011

7h, le réveil sonne. Comme souvent, je le repousse: pas envie de me lever. Nico, à côté de moi, dort encore; la plupart du temps, il n'entend pas le réveil et c'est moi qui lui dit d'ouvrir les yeux. Colline, dans sa chambre, dort aussi. Étrange, je me dis: d'habitude, quand on se lève, on pense souvent à ses souvenirs de la veille au soir. Là, je pense à cette nuit. À mon lever à 5h du matin au son des petites plaintes de ma petite fille affamée. À peine un cri, pas même le temps de pleurer: je suis déjà réveillée. Avec ou sans boule-quiez; il paraît que c'est les hormones. Or donc, me dis-je, quelle étrangeté de penser que depuis sa naissance, mes matinées sont rythmées par le souvenir de mes nuits, et non le souvenir de la veille. Mon temps a donc changé - il s'est comme "dédoublé", et donc en un sens rallongé. J'ai un temps de plus qui s'est callé entre le soir et le matin : celui du demi sommeil automatique dans lequel je me rends dans la chambre obscure de Colline, la prends doucement dans mes bras sans lui parler pour ne pas trop l'éveiller, puis m'assois sur le futon et la prends sur mes genoux pour lui donner mon sein. Puis 10 à 20mn de somnolence, pour elle et pour moi, où ma main de temps en temps vient caresser sa joue ou titiller son cou pour m'assurer qu'elle tête encore et ne s'est pas endormie, téton en bouche.

Le temps d'un bébé n'est pas celui de l'adulte; surtout à quelques semaines. D'un rapide calcul, Nico me disait l'autre jour qu'une semaine de son temps équivaut dans sa perception à quatre ans de notre vie. Elle a si peu vécu que chaque minute compte double, triple, dix fois plus. En retour, notre temps change aussi. Il est plus fragmenté, adapté au changement perpétuel d'humeur et de fatigue du petit être qui nous accompagne. La voilà qui ouvre les yeux et regarde partout; 15mn plus tard, elle pleurera de fatigue. Profiter de ces 15mn demande de savoir s'arrêter de tout faire, sans attendre, quand Colline nous prête de l'attention. Prendre soin de notre fille demande aussi de savoir s'arrêter de tout faire, sans attendre, quand Colline veut manger, être changée ou câlinée; c'est exigeant. Comme je le disais auparavant, un tout petit bébé ne sait pas attendre.

Mais surtout, le faire attendre revient à ne pas le connaître. C'est en suivant ses rythme par une fine observation qu'on arrive à passer des moments de partage, surtout tout au début. Quel effort, pour un adulte qui a ses propres occupations ! Quel sacrifice de sans cesse s'arrêter de tout faire, et d'être tant à l'écoute.

Mais pourtant quel plaisir d'avoir en retour des regards, et bientôt des sourires ! Le temps parait long sur le moment quand on ne fait pas "ce que l'on veut" mais l'on se rend vite compte que le temps paraot court quelques semaines plus tard quand on réalise que ses temps d'éveil sont déjà deux, trois, quatre fois plus longs que lors de ses deux premières semaines, et que déjà elle fait presque ses nuits (elle se couche à 20h au lieu de minuit!), et que déjà elle ne rentre plus dans ses pijamas. Le sacrifice était bien temporaire, et on en rit. Tout le monde le dit, mais on le vit: le temps passe vite, avec un enfant. A peine avez vous eu le temps de vous adapter qu'il ou elle a déjà changé, sans que vous de votre côté ayiez encore repris de l'activité. Quel exploit que de grandir....

Comme pour toutes les mamans, les premières semaines m'ont parfois paru difficiles, par la dépendance au bébé qu'elles impliquent, surtout quand on allaite. Avoir un bébé sur le sein pendant 3 à 4h par jour n'est pas rien, quand on pense que ce temps est passé immobile pour ne pas avoir mal aux seins, et les yeux dans les yeux pour rassurer bébé et l'aider à grandir sereinement et à s'épanouir. Si possible pas de TV, pas de bouquin, même si parfois on transgresse. Oui, ça parait long, cette liberté encadrée. Mais alors vient le temps de la nounou, quelques semaines plus tard - ou, pour certains, de la crèche. Le temps de tirer son lait si on veut comme moi continuer à le donner, ou le temps de sevrer son bébé pour beaucoup. La liberté désencadrée, le temps de faire ce que l'on veut. Et tout à coup on réalise que ces deux (ou trois) mois sont passés vite et que l'effort en valait bien la peine. Les 3 ou 4h par jour se résument finalement à 240 heures sur deux mois, ou 360 heures sur 3 mois, ou 720 heures sur 6 mois si on tire son lait. Total ? L'équivalent de 30 jours... Sur une vie qui en fait 28.800 ! (pour 80 ans). Ce que ça représente? 0,1/100 de votre vie.

samedi 19 novembre 2011

Rendre la confiance plutôt que de la perdre




Mise à jour du 24 novembre : en relisant ce texte, je me rends compte de l'injustice d'un commentaire : "tant de gens autour de nous nous prodiguent des conseils tous plus inadaptés les uns que les autres"; d'abord, c'est faux, car nombre d'entre vous nous ont donné des conseils fort utiles. Et puis, tous les conseils sont appréciables, en ce qu'ils marquent l'affection que nous porte celui qui le prodigue. Alors, continuez! On suivra ou pas... On fera au mieux pour nous trois.

Le 28 septembre 2011 à 17h21 se faisaient entendre les premiers cris (tonitruants!) de celle que nous attendions depuis 8 mois et demi, de celle à qui nous donnons sans attendre le prénom, choisi d'avance, de Colline. Nom controversé au Quebec... Nous n'y avions pas pensé ! Née 2 semaines en avance : déjà pressée de vivre, dirait-on ! À moins que ce ne soit sa maman qui lui ait soufflé qu'elle était pressée d'en finir avec la grossesse, car 50cm et 3kg675 de petite fille dans un corps de 1m57 et, à l'origine, 48-49kg (devenus à la fin 64kg, pour une circonférence d'1m05!), ça commençait à faire beaucoup. Allongée sur la table d'accouchement et épuisée par 14h de travail (dont 7 sans péridurale), j'avoue mon étonnement et un certain décontenancement devant l'expression si vivace d'une telle énergie. Ma petite fille me manquerait-elle d'amour ? Mais non, me disent vite les (formidables!) sage-femmes : elle est en parfaite santé! Si elle crie, c'est qu'elle s'exprime ! On s'imagine mal quelle épreuve représente l'accouchement pour le nouveau né.... Elle aussi a vécu ces 14 heures si épuisantes.

Quelques heures plus tard, dans la chambre de la maternité Saint Vincent de Paul à Lille, elle récupere, et moi aussi, de cette épreuve. Beaucoup de sommeil pour elle ces premiers jours; entrecoupé de moments d éveil tres brefs ou elle ouvre les yeux et nous fixe de son regard flou, cherchant a comprendre ce qu'est ce monde et qui nous sommes. Elle pleure peu - ou jamais sans raison : faim, froid, sont ses premieres découvertes hors de cet espace si protegé qu'elle vient de quitter. Je découvre quant a moi la force d'une mere; celle de se lever malgre la douleur et la fievre, sans réflechir, pour s occuper de son enfant, alors qu'on le (la) connait pas encore. Il nous faudra encore 1 semaine et demi, dont 4 jours a la maternité entre les médecins et les visites, heureusement accompagnées nuits et jours par Nico qui peut dormir sur place, puis 1 semaine a la maison dans le chaos logistique du début, pour nous remettre completement du plus gros de notre fatigue. Puis un jour, alors que je commence tout juste a pouvoir m'assoir et que je souffre un peu moins, Colline ouvre les yeux. Pas un instant fugace, comme il y en a eu a la maternité, entre 2 périodes de sommeil de 3 ou 4h - non, cette fois, c est un véritable éveil, et un regard qui demande a ce qu'on s occupe d'elle. Moi, epuisée : que fait on avec un enfant si jeune qui demande une présence et un dialogue, et qu'on ne connait pas ? On apprend a la connaitre.

Alors, les jours qui viennent, pendant les 4 semaines que j ai passées a la maison avant de partir en voyage (déja !) avec notre fille, elle et moi apprenons a nous connaitre. Sur le tapis d'eveil preté par des amis, a meme le sol, elle s'etire, s'étend, se détend. Elle observe. Fait des bruits. C'est decontenancant. Suivant les conseils de ma mere, je lui parle, lui souris, lui explique ce que je fais quand je ne m'occupe pas d elle. Puis, petit a petit, elle demande plus d'attention. Serait ce qu'elle s'est attachée a nous et reclame notre amour alors qu'elle ne faisait avant que réclamer qu'on réponde a ses besoins primaires ? Est-ce le fait que nous avons du monde a la maison tous les weekends et poussons meme jusqu'a sortir avec elle jusqu'a Dunkerque, puis Bruxelles? De pleurs de froid et de faim, ses pleurs commencent vers 2 semaines et demi a changer et a s'allonger. Nous ne savons plus, parfois, la consoler. Je dis alors en riant que, si elle tient de son pere par la taille (son taux de croissance depuis la naissance bat tous les records!), elle tient peut etre de moi par le caractere; elle hurle parfois a s'en casser la voix, sans avoir faim ni autre besoin specifique. Fatigue, surement; et aussi, nous l'apprenons bientot, besoin de reperes.

Voila sans doute le plus grand des defis de cette naissance : alors que nos reperes sont completement brisés, nos emplois du temps chamboulés par un etre qui ne peut, qui ne sait attendre (l'heure de mnager, c'est l'heure de manger!), que nous sommes perclus de la fatigue de devoir nous adapter a la presence d une nouvelle personne qui a besoin de notre attention quasi constante, perdus dans la logistique des couches et des lessives, des repas preparés d'une main pendant que l'autre bras porte Colline; alors que nous ne pouvons plus prévoir si nous dormirons bien ce soir ou si nous pourrons voir un film... Alors que nous perdons confiance car nous ne savons pas encore etre parents et que tant de gens autour de nous nous prodiguent des conseils tous plus inadaptés les uns que les autres, alors que notre chez nous ressemble a un bateau dans la tempete au milieu des habits de bébé qui sechent, de la vaisselle qu'on n'a pas le temps de faire, du ménage pas fait non plus, et de tout un bardas qui traine... Alors que ce manque de repere, de confiance et de calme est a son comble a minuit et des poussieres quand Colline hurle un desespoir qu on ne comprend pas...

Alors c'est la, justement, qu'il faut trouver le calme interieur. Retrouver la confiance. La rendre a celle, Colline, qui la perd parfois devant tant d'inconnu. Et donner des reperes. Pas de faux semblants : un bébé sent le stress, éprouve la fatigue de ses parents et souffre du manque de reperes dans son nouvel environnement. Il lui faut des piliers pour l'aider a voir plus loin que sa peur de ce monde encore inconnu. Alors on devient parents. L'amour prend le dessus et la patience s'installe. On n y est pas encore, chaque jour est un bout du chemin - sans fin. Mais au moins a t on decidé du pas qu'on voulait y mettre, meme si parfois encore on l'oublie - le pas de l'écoute, de la decouverte, de l'humour aussi, pour ne pas dramatiser ce qui n a pas besoin de l'etre. Et le pas de l'equilibre entre nos besoins et les siens, dans le respect de sa personne. Car Colline a beau n'avoir que 7 semaines, Colline est Colline. Et son temps est son temps, et a son rythme: temps de regards, temps de sourires depuis peu (magnifiques !), temps de sommeil parfois (tres) difficile a trouver, peut etre par trop de curiosité pour la vie qui continue autour d'elle quand elle dort. Alors elle hurle parfois dans nos bras, mais sent, contre son sein, aux heures ou on s'en sent encore la force, la ré-assurance du calme de ses parents.

Rester soi meme, tout en gagnant la sagesse et la richesse de celui qui rassure... C'est peut etre ca, etre parent. Et Colline, qui est-elle donc? Vivement qu'on la connaisse mieux encore, quand elle répondra a nos sourires, puis a nos mots et a nos pas, et vivement qu'on la redécouvre chaque jour, pour le reste de nos vies. Et qu'elle, avec nous, découvre le monde.

mardi 20 septembre 2011

(Très) bientôt

Mise à jour du 23 septembre: depuis trois jours, encore des superbes visites de Anne, Noémie, Thérèse, Stéphane, Marjolaine, Caro, Sophie; je n'ai pas le temps de m'ennuyer. Quel plaisir de vous voir, merci !

 20 septembre, j'ai passé les 8 mois : plus que trois semaines avant la date présumée d'arrivée de notre ti-pou ou tite-poune, comme disent nos amis Québécois. L'enfant a pris tellement de place et de poids dans mon corps que j'ai la sensation de n'être plus qu'un ventre. 13kg (28 livres) depuis le début de ma grossesse - 1m04 (41 pouces) de circonférence ce matin, contre 94cm il y a 3 mois et 1m02 il y a à peine 10 jours.


Plus le temps avance et plus sa croissance (du bébé et donc de mon ventre!) est exponentielle. Il paraît qu'à ce stade, la maman ET le bébé ont hâte d'être plus libres de leurs mouvements. Je veux bien le croire... Les miens sont engourdis au niveau des mains (nerf carpien écrasé) et lourds et lents pour le reste de mon corps; je me cogne souvent les pieds et jambes car je ne les vois plus, et suis fatiguée plus souvent qu'à mon tour. Sans compter les inombrables contractions, surtout en fin de journée; apparemment, j'y suis plus sensible que la moyenne! Je n'ose penser à ce que ressent bébé, écrasé(e) et tout(e) plié(e) entre mes côtes et mes jambes; il essaye bien parfois de s'étirer, mais c'est sans grand succès à part celui de me provoquer d'intenses douleurs dans le bas ventre ou dans les côtes pendant quelques secondes. Le film "Un heureux événement" dont j'ai vu hier la bande annonce semble bien retracer certains des symptomes bizarres de grossesse qu'on s'imagine mal. Espérons que la suite, après la naissance, soit plus gaie que la bande annonce ne le laisse entendre !


Heureusement, chaque visite à la maternité (pour les cours de préparation à la naissance, notamment) me rassure: équipe chaleureuse, encadrement médical compétent, très à l'écoute de la femme enceinte et de ses désirs pour l'accouchement. Le système médical français me laisse admirative, surtout quand j'entends qu'au Québec les femmes sont renvoyées chez elles souvent dans la journée même de l'accouchement, alors qu'ici on est accueillis (la femme, le bébé et même, dans ma maternité, Saint Vincent de Paul, le papa!) pendant 3, ou même 4 jours (ce sera mon cas), le temps "d'apprendre à s'occuper de son bébé" - le temps, entre autres, de "mettre en route" l'allaitement ! Alors certe, le congé maternité ne dure que 16 semaines, contre 1 an au Québec, mais... On ne peut pas tout avoir. Et puis, le boulot de Nico, à 5mn à pieds, nous laisse le temps de voir venir, et le temps pour moi de décider de ce que je veux faire de ma vie professionnelle pendant les premiers mois du bébé, après la fin du congé maternité fin décembre (congé maternité théorique tant que la sécu ne m'a pas répondu sur mes droits... Mais je commence à avoir l'habitude des 2 ou 3 mois de délai, haha!)

Entre-temps, en ce moment, mes réponses aux emails et aux coups de téléphone se font plus rares à mesure que le temps avance, non que je ne pense pas à vous tous que j'aime, bien au contraire - mais simplement car le temps se fait rare entre les inombrabres siestes qui tentent de réparer un sommeil de nuit trop léger, bien que pas inexistant (j'ai la chance de pouvoir encore dormir sur le côté grâce à un bon matelas). Je n'ai passé que 2h debout hier, contre presque 10h au lit pendant la journée! Exceptionnel quand même, d'habitude je dors moins que cela, mais j'avais du sommeil à rattrapper après ce weekend. En tous cas, je suis dans un état un peu second, prête à chaque instant pour cette grande étape et en même temps jamais complètement prête. Sans compter les aléas du quotidiens, qui prennent une ampleur importante et toute situationnelle : Nico qui s'est bloqué le dos le week-end du 11 en posant du parquet flottant (heureusement, ça va mieux!), moi et mon intoxication alimentaire de samedi dernier qui m'a empêchée de dormir toute la nuit... À peine reposés, nous voilà à nouveau fatigués ! Pourtant, ce n'est que le début de l'aventure.

(Très) bientôt, nous serons trois. Comment l'imaginer? Qui sera cet enfant? Comme le dit le poème du libanais Khalil Gibran, recopié et encadré pour ma mère  par ma tante  (sa soeur jumelle) à l'occasion de la naissance de mon frère ou la mienne, en 1979 ou 1981: "Vos enfants ne sont pas vos vos enfants."

Et de continuer ainsi:

"Ils sont les fils et les filles
De l'appel de la vie à elle même.
Ils viennent à travers vous, mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous,
Ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour
Mais non pas vos pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps
Mais pas leurs âmes
Car leurs âmes habitent la maison de demain
Que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux
Mais ne tentez pas de les faire comme vous
Car la vie de va pas en arrière,
Ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants
Comme des flèches vivantes sont projetées
L'archer voit le but sur le chemin de l'infini
Et
Il vous tend de sa puissance pour que ses flèches
Puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l'archer
Soit pour la joie
Car, de même qu'il aime la flèche qui vole,
Il aime l'arc qui est stable."

Fille ou garçon? Joueur (joueuse) ou sérieux (sérieuse) ? Timide ou téméraire? Et tellement d'autres qualificatifs, qui évolueront au cours de sa vie à nos côtés, nous qui auront la chance de le ou de la voir grandir.

En attendant, le temps se passe entre le fignolage du nid (pour ceux qui ont lu les Marsupilami, celà devrait vous parler!) et les indispensables temps à deux dont nous essayons de profiter au maximum. Et puis, bien sûr, les temps avec nos amis, dont nous ne nous lassons pour rien au monde. Amis qui nous aident à tenir, à avancer, à construire... Comment aurions-nous pu finir "le nid" si Sophie, Alban, Céline et Alexis ne nous avaient pas aidé avec les peintures et la pose du parquet?







Nous voilà maintenant presque fins prêts, dans notre 3 pièces (4 1/2 pour les Québécois) ensoleillé du quartier du Grand Palais. Chipie nous a quitté récemment pour aller loger (confortablement !) chez ma tante. La braderie (sous l'eau ! ) est passée avec ses 3 millions de personnes les 3 et 4 septembre, où nous avons pu voir Julien et son ami Nico et inviter Caro, Marjo et les autres pour des crèpes, et une belle balade récemment au Cap Blanc Nez, tous les deux.






Les parents de Nico ont aussi fait suite aux miens pour nous rendre visite ce weekend, histoire de voir l'installation. Comme on dit en riant, on se croierait dans un appartement "d'adultes" tellement il est beau. Et quelle joie de penser à vous tous qui bientôt peut-être nous y rendront visite! Les portes vous sont toutes ouvertes, on vous attend !










jeudi 4 août 2011

Bourgeon

Le printemps s'est ouvert déja sur l'été et l'été cet année capricieux se ferme presque déjà sur l'automne qu'encore je me sens bourgeon qui a besoin de croître avant d'éclore. A la croisée des énergies, les semences se croisent parfois sur une terre favorable et font naître hors de leur propre contrôle la promesse d'une nouvelle aurore.

C'est là que je me pose. Que la fleur prend racine. Que je prends le temps du temps.

Car la vie ne croît vraiment que sur le temps long. Si Montréal m'a appris à voler, à me laisser porter par les vents vers mille rivages qui venaient sans douleur imprégner tout mon être en vagues incessantes et douces, la vieille Europe m'a ramenée en des lieux ou après avoir engorgé comme une éponge la richesse du monde on est capable de la faire germer. Les paysages deviennent des pages et les idées des projets, les intuitions des arts de vivre et les incertitudes des chances d'apprendre.

Pages, projets, arts de vivre et chances d'apprendre ont pourtant besoin de temps avant de s'exprimer clairement, surtout dans l'atmosphère de relative suspicion de ce vieu continent qui a peur de lui même. Ces avenirs concrets possibles poussent en nous dans le silence et l'absence de lien, dans l'inconscience du sommeil et le manque de relations humaines. Comme en creu, comme un manque qui vient se combler de soi même. Il serait faux de dire qu'aucune page ni aucun projet ne peuvent se construire rapidement et dans une dynamique commune; mais parfois, d'autres pages et d'autres projets ont besoin de solitude et de temps pour devenir solides et durables. De la richesse du vol qu'on a aimée dans le ciel, on apprend la richesse du sol et de la terre, des saisons et des rocs. On laisse ses racines enfin pousser un peu, juste ce qu'il faut pour savoir ou l'on est.

Autour de nous alors se dessine un paysage nouveau et inattendu: celui qu'on se dessine soi même. Il est plus douloureux dans les efforts qu'il demande à construire et moins surprenant peut-être au départ que ceux que l'on a croisés en planant sur le monde, mais ce sont ses détails qui tout a coup surprennent. La couleur chaude et douce de la fleur agréable poussée sans crier gare du mélange pourtant doux-amer des souvenirs enfin sortis des boites; la douceur renouvelée et rassurante de la lumiere qui filtre à travers les feuilles claires des arbres d'un chemin quotidien dont on avait peur il y a peu. On se retrouve comme on retrouve un vieil ami: un peu intimidé et sans toujours comprendre qui on est devenu; mais serein. On se retrouve en soi, sans pouvoir vraiment en parler a quiconque; car le bourgeon timide garde pour lui les plis de ses pétales et le sommeil qui le garde engourdi.

Bientôt pourtant et en toute discrétion, dans la douce lumière d'un soleil favorable, s'ouvrira le bourgeon et il deviendra fleur. Déja des paysages passés renaissent les pages présentes, l'écriture me reprend et le roman se déroule. Comme terrain pour planter mes racines j'ai choisi par hasard celui de mes ancètres proches et éloignés et je découvre en image et en vrai et d'une joie enfantine l'histoire de la rencontre des mes parents ou celle de l'épopée de l'entreprise de mon grand-père. De notre nouvel appartement au sol à retaper, investi le 1er juillet et pas encore ni repeint ni bien aménagé, qui fait face à l'école des Arts et Métiers de Lille, je regarde par les immenses et lumineuses fenêtres des deux chambres, de la grande cuisine ou du salon, passer les couches de nuages légendaires du Nord de la France, comme les regardaient mes parents et mes grand-parents. Après avoir connu Wazemmes et son bouillonnement de vie dans un dernier mouvement de quelques mois avant de nous poser, le calme parc Jean-Baptiste Lebas et la rue Brûle Maison deviennent aujourd'hui les piliers de mon lent quotidien, alors que j'accompagne Nico vers son nouveau bureau en claudiquant a travers le parc comme le bourgeon que je suis.

Mon immobilité relative alors que je porte en mon ventre un avenir inconnu, et l'été désert de la France en vacances, sont propices à la retrospection, à l'analyse consciente et surtout inconsciente des expériences des derniers mois, pour mieux me choisir en janvier une voie qui parle à mes aspirations: gestion de projets dans l'Économie Sociale et Solidaire, enseignement et formation; statut d'indépendante partageant mon quotidien avec les coroutiniers de mon espace de travail partagé, ou poste salarié dans une structure correspondant à mon état d'esprit. Et pourquoi pas, après tout, Bed and Breakfast, ou encore simplement un temps pour moi, pour écrire et publier, et pour celui ou celle qui s'en vient. Le destin ne se force pas: les réponses viennent quand elles ont bien mûri. J'attends l'automne pour ouvrir mes pétales, quand j'aurai donné la vie, en septembre ou octobre.

Le bourgeon, en attendant, s'épanouit. Mon ventre de jour en jour s'arrondit, avec pour l'instant 95cm de large pour 1m57 et 8kg en plus, sous la pression des petits pieds et des petites mains d'un nouvel être que j'apprends peu a peu a connaître, avant même qu'il n'ait pour la première fois respiré l'air de notre monde. L'image du bourgeon devient de fait très concrète, physiquement par la forme de mon corps, métaphoriquement par la vie que je porte, psychologiquement par la relation intime que j'ai avec moi même et avec mon enfant. Sentir ses réactions aux caresses et aux sons, a mon contact volontaire ou à mon environnement involontaire. Des petits coups, des coups plus appuyés, des étirements de ses membres qui tirent aussi la peau de mon ventre (douloureusement parfois) et qui voudraient presque dire “donne moi un peu plus de place!”, des mouvements que j'ose qualifier de tendres et qui répondent aux miens; d'autres plus frénétiques et qui marquent une angoisse (perdu son pouce?), ou même, souvent, un hoquet qui l'énerve et lui fait boxer tout ce qui l'entoure. Malgré les paroles et les gestes partagés, le toucher de mon ventre par d'autres dont Nico le premier, les explications des sensations que j'éprouve par un vocabulaire aussi varié que difficilement approprié, faire ressentir aux autres ce que ressent la femme enceinte est probablement aussi litteralement impossible que de faire ressentir la naissance à celui qui l'a oubliée ou la mort à celui qui ne l'a pas encore vécue, ou au moins risquée. Un état physique nouveau, mystérieux ou miraculeux, ni maladif ni quotidien, qui apporte à la richesse de la nature animale et mamifère de l'être humain.

Quel sera justement la nature de ce nouvel être? Quel sera le changement animal qui nous fera devenir parents? Mère, je le suis déja; maman, peut-être pas encore. Et la paternité, qu'est ce que ce sera pour Nico? Comment saurons-nous nous enrichir de ce cadeau vital sans nous renier ni chacun ni à deux? L'émerveillement du quotidien ne risque-t-il pas de nous faire oublier les autres richesses du monde? Déjà je fais des projets de voyages et des projets de vie, refusant à l'avance comme l'ont fait Fred et Céline d'oublier qui je suis. La vie m'a bien assez appris que c'est en étant soi même qu'on donne le plus aux autres, et je veux croire que la règle est aussi vraie pour son enfant et que c'est aussi la meilleure manière de le ou la pousser à être pareillement soi-même. Suivre son art de vivre, donc, quelque soit le regard, parfois le jugement, des autres, face à nos comportements parfois vus comme peu conventionnels, ou pour d'autres trop conventionnels.

Ainsi je vais sur mon chemin, gros bourgeon au ventre rond portant petit bourgeon sur petite tige pas trop grossie, poupée gigogne grace à la cigogne. La naissance me tarde parfois, malgré l'angoisse de l'accouchement médicalisé, quand je ne sais plus lacer mes chaussures à cause de mon gros ventre ou que le sommeil me fuit car j'ai trop mal au dos. Heureusement, les hormones sont là pour me garder sereine! Je pense alors avec humour au sketch de Foresti sur la grossesse, sur le pacte des femmes pour ne pas dire aux suivantes à quel point porter la vie peut parfois être dur, et je ris. Le plus dur n'est sans doute pas les symptomes, qui sont plus que compensés par la présence quasi permanente des manifesations de bébé (il / elle bouge presque 20h par jour!), mais l'ennui, qui vient de plus en plus au fur et à mesure que je peux en faire de moins en moins. Pas de sport, peu de marche, dur de se pencher, fatiguée bien trop vite, pas de fête ou de danse, la tête dans les nuages ou dans la brume de la fatigue chronique... Parfois, je ne me reconnais pas. Gare à ce que l'ennui ne devienne pas amertume et à ce que l'immobilité enracinée ne deviennent pas enquistée. Mais patience, patience: mes pétales sont presque prêts. La fleur sera bientôt prête à, à nouveau, prendre le vent, et à goutter les joies partagées de l'enracinement et de la liberté.

Qui sait alors où je serai portée? En kite au-dessus du port de Dunkerque dont j'observe aujourd'hui la digue et les vagues tricolores grises-bleue-vertes, ou en avion par-dela l'un des Océans, ou peut-être même, comme Philémon, sur l'une de ses lettres, dans le monde de l'imaginaire.



mercredi 2 février 2011

Crois[é] des énergies

Hier, j'ai appris quelques notions de phonétique : la fameuse organisation des "phonèmes" à laquelle personne autour de moi n'a jamais rien compris. Phonème: "la plus petite unité discrète ou distinctive (c'est-à-dire permettant de distinguer des mots les uns des autres) que l'on puisse isoler par segmentation dans la chaîne parlée" (wikipedia). En Français dans le texte? Le phonème c'est... un son, transcrit par un signe entre des crochets, comme dans le titre de ce message. Dans la langue française, il y 26 lettres, 37 phonèmes et plus de 130 graphèmes, c'est à dire occurrences graphiques de ces sons. Domaine fascinant que l'apprentissage des langues, dans lequel je rentre petit à petit au cours de ma formation cette semaine, offerte par la compagnie qui m'embauche à mi-temps pour donner des cours d'anglais en entreprise par Internet. Conception des mots et création du sens (phonologie!), souplesse de l'oreille et naissance de sons nouveaux (dyphtongues par mélanges de voyelless; différences de sons entre un souffle bloqué sur le palais ou sur les dents, ce qu'en français de France on ne fait jamais, mais en français du Québec, oui), plongée dans une culture et un mode de pensée.

Apprendre une langue à l'autre et lui montrer comment jouer avec les mots. Comment comprendre l'humour d'une contrée ou d'un peuple, premier signe, dit-on, de l'assimilation d'une autre manière de voir la vie. Exprimer des nuances qui dans l'autre language n'existent simplement pas, penser plus haut, penser plus loin, car on a plus de mots, qui disent plus de concepts et plus de sentiments. Et par là-même, et en même temps, entraîner son esprit à la souplesse d'un possible éternel apprentissage. Car un esprit formé à apprendre des langues en est un formé à entendre une autre réalité et à tenter de la comprendre. Avoir "l'oreille", comme on dit, est simplement l'acceptation de la différence: du son, du sens, de l'essence. La devise de la compagnie, "Lernen ist leben" ("l'apprentissage, c'est la vie"), vient renforcer ce sentiment qu'une énergie fondatrice pourrait bien ressortir d'un emploi qui ne devait être qu'un gagne-pain - si du moins les grands idéaux de mes collègues et patrons survivent vraiment, maintenant et dans le futur, au grandes tentations dévastatrices du capitalisme.

Le capitalisme, je continue de le fuir. En France, pour l'éviter, il faut crier après, très fort, plus clairement encore qu'au Québec, si on veut se faire entendre; car les acteurs de ce que l'on nomme ici "l'Économie Sociale et Solidaire" et ceux de "l'Économie Solidaire" n'ont pas la même légitimité d'emblée qu'ils semblent avoir au Québec. Encore cette vieille manie gauloise d'offrir à tout nouveau mode de pensée la défiance avant de lui accorder la confiance (héritage catholique?), encore ce vieux complexe si bien nommé par un ami "d'inferiorité surcompensée" qui pousse une majorité de Français, par trouille du système et donc des autres, à se mettre en compétition plutôt qu'en collaboration. Compétition agressive car incertaine, quand au Canada anglophone elle est sûre d'elle, et donc elle-même collaboratrice. Comme le disait E.T. Hall, on connait en Amérique le principe du "win-win" où la réponse à un problème donné peut être gagnante pour tout le monde; ici, on est dans le "win-lose": pour réussir, gagner, il faut faire perdre l'autre. Dépense(s) d'énergie(s) improbables qui nous donne l'air de sans cesse nous agiter.

L'énergie, pourtant, peut être positive. Et quand elle l'est, elle le devient plus encore; le bon vieux cercle vertueux fonctionne! Peu importe le lieu, ou l'époque. Pour Nico et moi, en ce moment, c'est le Nord de la France: nous sommes à Lille, ou plutôt à Tourcoing, depuis presque une semaine, logés avec bonheur et reconnaissance par d'autres "coloriés" de notre tribue, pour reprendre le titre du roman d'Alexandre Jardin (avant sa descente dans des contrées obscures avec "Fanfan 2", dont le titre ne m'a évidemment pas donné envie d'ouvrir la couverture). On parle souvent de "croisée des chemins". Certes, mais sur un chemin, on peut se croiser et que rien ne se passe. L'important, c'est la croisée des énergies. Certains ne croient pas à l'énergie vitale, quelle qu'elle soit, et prétendent que ceux qui la perçoivent se mettent des oeillères... Conversation infinie à ce propos dans un café l'autre soir avec certains collègues de ma compagnie de cours de langues. Pour d'autres, pourtant, c'est évident; car ils l'ont vécue, cette énergie, et la vivent encore. Parfois en passant par des périodes inattendues, profondes et douloureuses qui portent le malheur mais aussi la remise en question. Parfois, aussi, par des périodes d'étranges coincidences où tout s'arrange au mieux, comme pour Nico et moi cet été quand nous avons fait le tour de l'Amérique en van, notre chat et nos affaires gardées par nos amis, et nous logés par tant de gens, et où nous vient à la bouche l'expression "j'ai toujours eu de la chance".

La chance, on ne l'a pas; on la crée. On la provoque. Elle répond à la chance, elle répond au bonheur, elle répond à l'énergie positive qui fait tomber les peurs - celle dont je parlais il y a quelques semaines, celle qui porte dans le ciel au lieu de faire tomber. Celle qu'on trouve en soi. Mais parfois, aussi, à la croisée des énergies. Là où un regard croisé sur un chemin se met soudain à devenir des mots, et où des mots deviennent des projets. La providence met toujours sur nos routes des êtres aux énergies complémentaires aux siennes, c'est l'harmonie du monde. Ne reste alors qu'à "avoir l'oreille". À croiser les énergies: la sienne avec celle des autres, comme Nico a fait en lançant son fou projet de court métrage en 2 mois, ou comme j'ai fait en acceptant il y a quelques jours de me lancer dans un projet de restructuration d'un des "acteurs de l'économie solidaire" dans une équipe bénévole; celles des autres avec celles d'autres encore, en mettant en lien des êtres dont on sait qu'ils pourraient bien avoir des choses à vivre ensemble, comme ça a été le cas pour moi que ce soit dans le cas de mes cours d'anglais ou dans le cas du projet bénévole. Les flux positifs qui se mettent en place dans ces croisées d'énergie nous font grandir et font grandir les autres, et font grandir l'humanité vers le bonheur serein d'une harmonie inattendue. On m'a souvent dit qu'on tombe amoureux, mais qu'on décide de le rester, en construisant ensemble. Comme le font ceux de l'île des Gauchers, encore d'Alexandre Jardin. Pour le reste, c'est pareil. Être heureux avec les autres, ça se construit: s'écouter, se partager, créer ensemble. Et dans ces choix, qui font la vie, ne devraient finalement jamais entrer en compte ni la distance (2, ou 10.000km?), ni l'argent (salaire ou pas salaire?), ni la difficulté, ni la peur de l'échec, ni le découragement du temps qui passe; au bout du compte, croiser positivement ses énergies crée des situations où toutes ces peurs se trouvent ridiculisées par le nombre d'opportunités qui s'ouvrent à nous...

Partout au monde et aujourd'hui aussi dans "ce plat pays qui est le mien", la providence a mis sur mon chemin et sur celui de Nico des être rares qui avec nous croisent sans angoisses leurs énergies vitales. Ces flux sans fin qui s'auto-alimentent nous surprennent journellement: nouveau boulot incroablement flexible pour moi (je travaille d'où je veux et 20h par semaine!) sans même l'avoir cherché (mais non sans avoir travaillé pour l'année dernière. Encore une fois, tout est question d'implication de soi...), verre jusqu'au crépuscule avec des amis d'amis qu'on pressent qu'on reverra et avec qui quelque chose pourrait bien se construire, veillée jusqu'au milieu de la nuit dans une famille qui sans être la nôtre nous accueille comme ses enfants, projet de bénévolat qui s'intègre parfaitement dans mes objectifs et mon planning pour moi, soirées "Bidouille" pour Nico où la vie seule sait quels bidouilleurs improbables il rencontrera. Et comme ces énergies qui nous viennent de partout nous emplissent encore plus de confiance malgré la nécessaire et présente nostalgie de l'avant, de l'énergie de nous aussi sort et transpire, imprègne les autres et imprègne les lieux... Et crée des lignes de vie, comme celle de Sibiville.

Évidemment, tout cela crée de la fatigue, non pas psychologique cependant, mais presque physique. On ne donne pas de soi à ce point sans une nécessaire intensité éreintante. Ce soir, ainsi, je suis rompue. Mais l'énergie des autres nous regonfle, et quand ce n'est pas le cas immédiatement, il est aisé de se ressourcer dans un moment de solitude qui nous emplit d'une énergie nouvelle à partager avec les autres. En écrivant, par exemple...

Croiser des énergies, c'est, quelque soit la longueur du vol, ne pas tomber dans le marécage. C'est oublier parfois la souffrance pour penser à construire. Partager avec intensité tout en se recentrant sur soi pour mieux s'épanouir. Croisez-vous, donc; croisez vos énergies - avec nous, si vous le voulez! Même par delà l'Océan.

Magie de la phonétique : d'un seul phonème sont sortis trois graphèmes. Croisée, croiser, croisez. Richesse de la langue, richesse du sens.