dimanche 1 avril 2012

Re(de)(ux)venir




Robert Charlebois en son temps l'avait chanté, par Ariane Moffatt vite confirmé, "je reviendrai à Montréal, dans mon Boeing bleu de mer"... "je reviens à Montréal, la tête gonflé de nuages"... "en format original, je rentre à Montréal...", "je serai rentrée à la nage, si je n'avais pas eu tant de bagages."


Ariane Moffatt Retourne à Montreal par metal83

Le 13 mai, ce grand Boeing bleu de mer ou un autre nous ramènera en effet à Montréal pour une semaine. Une semaine de soleil ou contrairement à Charlebois nous ne goûterons pas la neige et l'hiver, car ce ne sont pas eux qui nous manquent.

Ceux qui nous manquent, c'est vous. Vous autres Québécois qui faites un peu partie de nous; vous autres amis français qui avez choisi ce pays. Ceux qui nous manquent, aussi, c'est nous. Les nous que vous nous avez aidé à devenir ou que vous nous avez vu devenir lorsqu'on était chez vous. Revenir, c'est un peu redevenir. Enlever son manteau de Français et remettre ses gougounes du Québec, ôter ce vouvoiement qu'on adopte sans cœur et dire tu à tous ces inconnus, apporter quelques becs bien de chez nous pour compléter les hugs d'Elvis Gratton et les soupirs de Léolo.

Se retrouver un peu, donc, sans les couches historiques des quatre derniers siècles du vieux continent, la Vieille Europe. Presque, aussi, comme si c'était sans les couches, plus récentes et moins historiques, de notre chère Colline. Ce petit goût de Québec qui nous passe sur les lèvres en parlant du voyage à venir a un goût de l'avant et la saveur des amoureux. Il nous parle d'un temps où nous étions à deux et la main dans la main, les yeux vers le soleil où se cachait une Colline pas encore née. Il nous donne le souffle qui cet après-midi nous porte vers la terrasse des cafés et les parcs en bourgeon, notre fille sous un bras mais sans nous en soucier. Il nous rappelle d'avoir envie sans peur et plaisir sans contrainte, de voir ses pleurs et rires avec aisance et insouciance et ses couches et petits pots comme des jouets qu'on s'est nous même choisis.

Redevenir deux, tout en devenant trois. Dans la même liberté.

"Je reviens à Montréal, portée par un héritage... Enfin je suis un peu plus sage...." dit encore Ariane Moffat. La sagesse de l'Europe? Celle de la mère, plutôt. Et du père. Et du plaisir d'être trois.

Et qui sait ce(ux) qu'en "venant" à Montréal nous y (re?)découvrirons encore ?

dimanche 11 mars 2012

Le temps (n')est(-il) (pas) extensible ?

Quelques temps déjà que je pense écrire ce message et voilà que je me suis laissée prendre à mon propre jeu : celui du temps, qui tel un serpent se mord la queue. Les jours passent sans compter, égrainant sur leur cours les centimètres de Colline (qui a déjà 5 mois 1/2 !) et les milles rencontres de nos vies. Et puis un soir à 17h on se retrouve entre 10 couples de parents angoissés et d'enfants malades, tous plus âgés que Colline, dans la salle d'attente des urgences pédiatriques de l'hôpital Jeanne de Flandre, Colline pleurant de fatigue dans nos bras, et moi un bonnet jusqu'au cou pour réparer mon otite carabinée; alors, seulement, le temps s'arrête devant l'épuisement du corps qui ne suit plus.

Logistique à coups de chauffe-biberon, de porte-bébé, de cosy et de couches, et sang-froid à coup de portage à bras et de balades dans les sous-sol, puis au bout de quelques heures on nous laisse finalement "nous sauver", dans tous les sens du terme : rentrer enfin chez nous, vers 1h du matin. Retrouver nos affaires. Retrouver nos lits. Colline, fatiguée, dort. Elle mettra quelques jours à se remettre de cette grosse fatigue, des heures dans les couloirs à hurler de faim sans pouvoir manger, dans l'attente de l'échographie abdominale qui ne trouvera rien d'anormal à son estomac. Finalement rien de grave : ses vomissements quasi-quotidiens et sa perte d'appétit et de poids depuis 2 semaines seraient dus à une allergie aux protéines de lait de vache. La solution ? Changer de lait ! Déjà depuis 2 jours on en voit les effets : biberons qui s'engloutissent et joues qui redeviennent bien roses. Quant à moi, pas de problème de foie, et au bout de 10 jours je viens enfin à bout de ma gastro-laryngite-otite. Nico, fatigué, se remet doucement d'une semaine à tout faire seul à la maison.


Aujourd'hui, dimanche, première fois depuis des mois que nous sommes seuls tous les trois à la maison et que nous n'avons rien de prévu. Pas d'amis ou de famille à voir, pas de visites, juste nous et notre confort. Il aura fallu ça pour que nous reprenions enfin la liberté que nous avions au Québec : celle, si peu aimée en France, de "tchocker", dont la plus proche expression française serait "poser un lapin". Même si, dans les fait, on prévient souvent quand on tschocke : il s'agit plutôt d'annuler un engagement. Aujourd'hui, on en a annulé 2 : un ami qui devait depuis 2 mois venir nous rendre visite de Bruxelles, et des amis que nous essayons de voir depuis 3 mois... La liste des gens à voir est longue, et la liste d'attente s'allonge bien malgré nous. Alors après tout qu'importe si parfois on "tchocke", en toute amitié, quand c'est notre tranquillité, notre santé, notre bonheur, qui est en jeu ? Quand les engagements sont si nombreux qu'ils remplissent tout notre "temps libre" ? Quand annuler un rendez-vous prévu veut dire passer du temps au calme, mais veut aussi dire mieux profiter d'une rencontre fortuite ? 

France, pays de la culpabilité, où je me sens depuis 1 an plus responsable et plus coupable que tout ce que j'ai pu ressentir en trois ans et demi à Montréal. Encore plus en tant que mère qui travaille. France, pays du devoir, où l'on se lève le matin parce qu'on "a des choses à faire", semaine ou dimanche, où même dans la plus grande fatigue on continue d'avancer car "on a promis qu'on irait". France, le seul pays où Benabar a pu inventer cette chanson, "le dîner"...

J'veux pas y'aller à ce dîner,
J'ai pas l'moral, j'suis fatigué,
Ils nous en voudront pas, allez on n'y va pas.
En plus faut que je fasse un régime ma chemise me boudine,
J'ai l'air d'une chipolata,
Je peux pas sortir comme ça.
Ça n'a rien à voir je les aime bien tes amis,
Mais je veux pas les voir parce que j'ai pas envie.
On s'en fout, on n'y va pas,
On n'a qu'à se cacher sous les draps,
On commandera des pizzas, toi la télé et moi,
On appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelque chose
.....

On est rentrés en France pour partager du temps avec tous ces gens qu'on aime, mais pour partager avec l'autre, encore faut-il être soi. Pour profiter du temps avec l'autre, encore faut-il passer du temps avec soi. Encore faut-il comprendre, enfin, que le temps tout à la fois n'est pas extensible et pourtant l'est tout à fait. Il n'y a qu'une vie, qu'une année dans une année, que 24h dans une journée et que 60mn dans une heure; mais on fait ce qu'on veut (et parfois ce qu'on peut) avec ce temps, y compris au dernier moment, dans le respect de notre bonheur et de notre liberté, en priorité. Si on ne sait pas prendre soin de nous, personne ne le fera à notre place, comme me disait en 2008 un ami perdu de vue de la ville enneigée.

Regarder chaque jour comme une page vierge plutôt qu'un agenda rempli. Se dire que la page se remplit au fur et à mesure et jamais en avance. Un jour futur n'est pas un jour passé, et l'heure qui vient n'appartient, au fond, qu'à vous. A vous de savoir si vous voulez y dormir ou y travailler, y pleurer ou y rire, y être seul ou accompagné. A vous de savoir ce qu'il vous faut, à cet instant, pour équilibrer votre propre harmonie. Déplacez ses rendez-vous, tous les jours s'il faut, en s'excusant au besoin, mais avant tout vivre pleinement, pour soi, pour la vie, et pour ceux qu'on aime.

Alors si demain nous ne sommes pas là avec vous, comme si demain vous n'êtes pas avec nous, pensons chacun les uns aux autres avec joie en se disant que cette absence est la preuve de notre liberté et de notre bonheur, et que la présence de demain voudra encore d'avantage dire le bonheur de se revoir. 

Mise à jour à 20h... Nos amis que nous cherchions à voir depuis 3 mois sont finalement passés nous voir en fin d'après midi, rapportant du gâteau et un magnifique cadeau pour Colline.... Plaisir de l'imprévu !

Rencontre des cousins, février 2012(mot de passe, Colline)



"Sainte Colline" se repose

dimanche 5 février 2012

12 mois : une courbe qui monte et qui descend

Confusion. C'est le mot qui me traverse l'esprit lorsque je sors de chez la sage-femme mi-décembre. La veille au soir, j'ai dit à Nico que j'avais besoin qu'il donne sens à mon corps. Pour la première fois depuis longtemps, je perds une plénitude propre à la grossesse, à la maternité. 

La sage-femme me dit que toutes les femmes ne ressentent pas le même sentiment. Certaines restent à jamais fusionnelle avec leur enfant; d'autres, au contraire, ne ressentent jamais ce sentiment de fusion si intense que son arrêt est presque un deuil. Pour moi, la grossesse aura duré 12 mois: le temps d'une courbe qui monte et puis qui redescend. On n'est pas enceinte: on le devient; on n'est pas "libérée" par l'accouchement: on le devient. Le corps, pendant longtemps, est l'hôte d'un, d'une autre. Il doit être protégé, choyé, entretenu, pour l'autre.

Puis un jour, le corps de l'autre n'a plus un besoin fondamental du vôtre. On pourrait croire que c'est lorsqu'on arrête d'allaiter qu'on ressent ce vide soudain; pour moi, c'est le sentiment de vide qui m'a poussée à ralentir tout doucement l'allaitement. Le sentiment que ma fille savait sans peine vivre sans.

Et moi, sans elle sur mon sein pour donner du sens à mon corps, ai regardé soudain mon propre nombril et me suis sentie faible. Plus d'abdominaux, pas même assez pour me relever quand j'étais sur le dos. Un ventre mou et sans défense, symbole de la douceur accueillante de la mère, mais sans la tonicité propre à mon caractère. Un ventre où la main s'enfonce sans peine quand on appuie; où la peau s'étire sans peine quand on la pince. Quelques kilos de trop, aussi. Et tout à coup, je me suis dit, "si je voulais, je ne pourrai même pas grimper à l'arbre".

Et j'ai voulu redevenir moi; mais comment se retrouver quand on s'est perdu de vue depuis presque 12 mois; ça prend du temps. Le regard de l'autre, des autres, aide un peu, parfois. Les efforts, aussi. 5 semaines que tous les matins je me lève aux aurores pour remuscler mon corps, jusqu'à ce qu'enfin je sente à la place du vide les muscles qui me permettent de courir, de parler de ma voix haute (impossible sans abdo!), de me relever sans l'aide de mes bras, de sauter, enfin, dans les bras de mon amoureux. Des muscles, aussi, qui me servent à mieux serrer ma fille dans mes bras.

Et puis vient le travail, qui passionne et préoccupe à la fois, qui pousse les neurones dans des connections renouvelées; et la première "sortie de filles", pendant que Nico est avec ses copains et Colline avec ses grand-parents. Les premières danses, où l'on se rappelle son corps d'avant. Qui, certes, pourrait bien garder quelques marques... Mais si Foresti le prend avec humour, pourquoi pas moi ?

Une grossesse dure-t-elle vraiment 9 mois ? Certaines diront qu'elle dure 2 ans avec le temps de restriction imposé par la volonté préalable d'être enceinte. Pour d'autre, comme moi, c'est 12 mois. Pour d'autres, c'est tout une vie.

Et pour le papa ? 5, 6 mois, sans doute; le moment où la courbe est au plus haut. Mais seul lui pourra vous le dire !

dimanche 18 décembre 2011

1, 2, 3 : chacun sa vie !


Et une vidéo de Colline au Réveil: mot de passe: colline



 A vos marques, prêts ? Partez ! 9h10, lundi matin : départ chez la nounou. Bras dans une manche et bonnet de travers, Colline râle un peu que je lui mette son manteau, puis me regarde attentivement quand je lui dis : "on va chez Salma"; et là, elle me sourit de toute sa bouche (à défaut de toutes ses dents)... Alors qu'elle n'a que 2 mois et demi ! Arrivée chez Salma, c'est à elle qu'elle sourit, encore. Hadia, fille de Salma, 15 mois, accueille Colline les bras ouverts en titubant vers la porte d'entrée: "Bé-bé!", dit-elle, heureuse. Elle va pouvoir, comme tous les jours, faire de petites caresses sur le visage et les mains de Colline et faire le gué près de son transat, et bien sûr lui chanter des chansons et des comptines en dansant devant elle.

2 semaines ont passé depuis que Colline a passé sa première journée chez sa nounou. 2 semaines Colline a sa vie et moi la mienne. Et voilà que je croise l'autre jour la maman de Raphaël, petit garçon de 12 mois gardé lui aussi par Salma. Et tout à coup je me rends compte: Colline la connaît bien, cette maman-là. Elle la voit tous les jours! Et moi, c'est la première fois que je la croise. Ma fille connaît des gens que je ne connais pas; comme c'est étrange, quand on sort d'une période de 2 mois et demi de fusion totale à être ensemble 24h / 24, sauf garde exceptionnelle pendant une heure ou deux. Là, c'est 8h par jour que nous passons chacune de notre côté. Chacune fait ses rencontres et ses découvertes; et chacune, le soir, raconte à l'autre.

Raconte, oui. Je me surprends hier à dire à la pharmacienne que notre fille "parle". Certes non, ce n'est pas des mots qu'elle utilise pour s'exprimer. Mais quand, le soir, je la ramène à la maison, et que goulûment elle m’attrape le sein pour téter après une journée à goutter mon lait au plastique de la tétine, elle me dit tant de choses... Par son regard, d'abord; plongé dans le mien, absorbant mes paroles, profond jusque son âme. Puis, quand elle est un peu repue et peut un peu attendre, par ses "pauses-sourires" au milieu de la tété. Elle décroche, lève la tête, me regarde encore, et dit "aheuh" à toute berzingue en souriant autant qu'elle peut. Puis c'est "papa qui rentre", ce moment si intense où j'entends l'ascenseur et où Colline s'agite en entendant son papa qui arrive. Après, on discute tous les trois. 1, 2, 3: chacun nos vies.

Nico raconte sa journée au travail; je raconte ma journée de travaux, de rencontres ou de ré-éducation. Colline nous regarde, se marre franchement, répond aux "coucou" par des "aheuh", parfois pendant plus de 30mn. Quels échanges ! Qu'est ce que ce sera quand elle parlera ! Déjà dans quelques semaines elle chantonnera sans doute à son tour, produira de nouveaux sons et fera de nouveaux gestes qui la confirmeront aux yeux du monde comme la personne à part entière qu'elle est déjà. Quant à moi, dans quelques semaines, j'irai à nouveau quotidiennement au boulot, puisque j'ai trouvé ma place en tant que consultante stratégie / RH / organisation interne pour des structures ESS (associations, coopératives, collectivités) dans l'équipe de Multicité; 2012, ça promet !

jeudi 1 décembre 2011

Le temps d'un (petit) bébé

Colline à la maternité à 1 jour, le 29 septembre 2011

7h, le réveil sonne. Comme souvent, je le repousse: pas envie de me lever. Nico, à côté de moi, dort encore; la plupart du temps, il n'entend pas le réveil et c'est moi qui lui dit d'ouvrir les yeux. Colline, dans sa chambre, dort aussi. Étrange, je me dis: d'habitude, quand on se lève, on pense souvent à ses souvenirs de la veille au soir. Là, je pense à cette nuit. À mon lever à 5h du matin au son des petites plaintes de ma petite fille affamée. À peine un cri, pas même le temps de pleurer: je suis déjà réveillée. Avec ou sans boule-quiez; il paraît que c'est les hormones. Or donc, me dis-je, quelle étrangeté de penser que depuis sa naissance, mes matinées sont rythmées par le souvenir de mes nuits, et non le souvenir de la veille. Mon temps a donc changé - il s'est comme "dédoublé", et donc en un sens rallongé. J'ai un temps de plus qui s'est callé entre le soir et le matin : celui du demi sommeil automatique dans lequel je me rends dans la chambre obscure de Colline, la prends doucement dans mes bras sans lui parler pour ne pas trop l'éveiller, puis m'assois sur le futon et la prends sur mes genoux pour lui donner mon sein. Puis 10 à 20mn de somnolence, pour elle et pour moi, où ma main de temps en temps vient caresser sa joue ou titiller son cou pour m'assurer qu'elle tête encore et ne s'est pas endormie, téton en bouche.

Le temps d'un bébé n'est pas celui de l'adulte; surtout à quelques semaines. D'un rapide calcul, Nico me disait l'autre jour qu'une semaine de son temps équivaut dans sa perception à quatre ans de notre vie. Elle a si peu vécu que chaque minute compte double, triple, dix fois plus. En retour, notre temps change aussi. Il est plus fragmenté, adapté au changement perpétuel d'humeur et de fatigue du petit être qui nous accompagne. La voilà qui ouvre les yeux et regarde partout; 15mn plus tard, elle pleurera de fatigue. Profiter de ces 15mn demande de savoir s'arrêter de tout faire, sans attendre, quand Colline nous prête de l'attention. Prendre soin de notre fille demande aussi de savoir s'arrêter de tout faire, sans attendre, quand Colline veut manger, être changée ou câlinée; c'est exigeant. Comme je le disais auparavant, un tout petit bébé ne sait pas attendre.

Mais surtout, le faire attendre revient à ne pas le connaître. C'est en suivant ses rythme par une fine observation qu'on arrive à passer des moments de partage, surtout tout au début. Quel effort, pour un adulte qui a ses propres occupations ! Quel sacrifice de sans cesse s'arrêter de tout faire, et d'être tant à l'écoute.

Mais pourtant quel plaisir d'avoir en retour des regards, et bientôt des sourires ! Le temps parait long sur le moment quand on ne fait pas "ce que l'on veut" mais l'on se rend vite compte que le temps paraot court quelques semaines plus tard quand on réalise que ses temps d'éveil sont déjà deux, trois, quatre fois plus longs que lors de ses deux premières semaines, et que déjà elle fait presque ses nuits (elle se couche à 20h au lieu de minuit!), et que déjà elle ne rentre plus dans ses pijamas. Le sacrifice était bien temporaire, et on en rit. Tout le monde le dit, mais on le vit: le temps passe vite, avec un enfant. A peine avez vous eu le temps de vous adapter qu'il ou elle a déjà changé, sans que vous de votre côté ayiez encore repris de l'activité. Quel exploit que de grandir....

Comme pour toutes les mamans, les premières semaines m'ont parfois paru difficiles, par la dépendance au bébé qu'elles impliquent, surtout quand on allaite. Avoir un bébé sur le sein pendant 3 à 4h par jour n'est pas rien, quand on pense que ce temps est passé immobile pour ne pas avoir mal aux seins, et les yeux dans les yeux pour rassurer bébé et l'aider à grandir sereinement et à s'épanouir. Si possible pas de TV, pas de bouquin, même si parfois on transgresse. Oui, ça parait long, cette liberté encadrée. Mais alors vient le temps de la nounou, quelques semaines plus tard - ou, pour certains, de la crèche. Le temps de tirer son lait si on veut comme moi continuer à le donner, ou le temps de sevrer son bébé pour beaucoup. La liberté désencadrée, le temps de faire ce que l'on veut. Et tout à coup on réalise que ces deux (ou trois) mois sont passés vite et que l'effort en valait bien la peine. Les 3 ou 4h par jour se résument finalement à 240 heures sur deux mois, ou 360 heures sur 3 mois, ou 720 heures sur 6 mois si on tire son lait. Total ? L'équivalent de 30 jours... Sur une vie qui en fait 28.800 ! (pour 80 ans). Ce que ça représente? 0,1/100 de votre vie.

samedi 19 novembre 2011

Rendre la confiance plutôt que de la perdre




Mise à jour du 24 novembre : en relisant ce texte, je me rends compte de l'injustice d'un commentaire : "tant de gens autour de nous nous prodiguent des conseils tous plus inadaptés les uns que les autres"; d'abord, c'est faux, car nombre d'entre vous nous ont donné des conseils fort utiles. Et puis, tous les conseils sont appréciables, en ce qu'ils marquent l'affection que nous porte celui qui le prodigue. Alors, continuez! On suivra ou pas... On fera au mieux pour nous trois.

Le 28 septembre 2011 à 17h21 se faisaient entendre les premiers cris (tonitruants!) de celle que nous attendions depuis 8 mois et demi, de celle à qui nous donnons sans attendre le prénom, choisi d'avance, de Colline. Nom controversé au Quebec... Nous n'y avions pas pensé ! Née 2 semaines en avance : déjà pressée de vivre, dirait-on ! À moins que ce ne soit sa maman qui lui ait soufflé qu'elle était pressée d'en finir avec la grossesse, car 50cm et 3kg675 de petite fille dans un corps de 1m57 et, à l'origine, 48-49kg (devenus à la fin 64kg, pour une circonférence d'1m05!), ça commençait à faire beaucoup. Allongée sur la table d'accouchement et épuisée par 14h de travail (dont 7 sans péridurale), j'avoue mon étonnement et un certain décontenancement devant l'expression si vivace d'une telle énergie. Ma petite fille me manquerait-elle d'amour ? Mais non, me disent vite les (formidables!) sage-femmes : elle est en parfaite santé! Si elle crie, c'est qu'elle s'exprime ! On s'imagine mal quelle épreuve représente l'accouchement pour le nouveau né.... Elle aussi a vécu ces 14 heures si épuisantes.

Quelques heures plus tard, dans la chambre de la maternité Saint Vincent de Paul à Lille, elle récupere, et moi aussi, de cette épreuve. Beaucoup de sommeil pour elle ces premiers jours; entrecoupé de moments d éveil tres brefs ou elle ouvre les yeux et nous fixe de son regard flou, cherchant a comprendre ce qu'est ce monde et qui nous sommes. Elle pleure peu - ou jamais sans raison : faim, froid, sont ses premieres découvertes hors de cet espace si protegé qu'elle vient de quitter. Je découvre quant a moi la force d'une mere; celle de se lever malgre la douleur et la fievre, sans réflechir, pour s occuper de son enfant, alors qu'on le (la) connait pas encore. Il nous faudra encore 1 semaine et demi, dont 4 jours a la maternité entre les médecins et les visites, heureusement accompagnées nuits et jours par Nico qui peut dormir sur place, puis 1 semaine a la maison dans le chaos logistique du début, pour nous remettre completement du plus gros de notre fatigue. Puis un jour, alors que je commence tout juste a pouvoir m'assoir et que je souffre un peu moins, Colline ouvre les yeux. Pas un instant fugace, comme il y en a eu a la maternité, entre 2 périodes de sommeil de 3 ou 4h - non, cette fois, c est un véritable éveil, et un regard qui demande a ce qu'on s occupe d'elle. Moi, epuisée : que fait on avec un enfant si jeune qui demande une présence et un dialogue, et qu'on ne connait pas ? On apprend a la connaitre.

Alors, les jours qui viennent, pendant les 4 semaines que j ai passées a la maison avant de partir en voyage (déja !) avec notre fille, elle et moi apprenons a nous connaitre. Sur le tapis d'eveil preté par des amis, a meme le sol, elle s'etire, s'étend, se détend. Elle observe. Fait des bruits. C'est decontenancant. Suivant les conseils de ma mere, je lui parle, lui souris, lui explique ce que je fais quand je ne m'occupe pas d elle. Puis, petit a petit, elle demande plus d'attention. Serait ce qu'elle s'est attachée a nous et reclame notre amour alors qu'elle ne faisait avant que réclamer qu'on réponde a ses besoins primaires ? Est-ce le fait que nous avons du monde a la maison tous les weekends et poussons meme jusqu'a sortir avec elle jusqu'a Dunkerque, puis Bruxelles? De pleurs de froid et de faim, ses pleurs commencent vers 2 semaines et demi a changer et a s'allonger. Nous ne savons plus, parfois, la consoler. Je dis alors en riant que, si elle tient de son pere par la taille (son taux de croissance depuis la naissance bat tous les records!), elle tient peut etre de moi par le caractere; elle hurle parfois a s'en casser la voix, sans avoir faim ni autre besoin specifique. Fatigue, surement; et aussi, nous l'apprenons bientot, besoin de reperes.

Voila sans doute le plus grand des defis de cette naissance : alors que nos reperes sont completement brisés, nos emplois du temps chamboulés par un etre qui ne peut, qui ne sait attendre (l'heure de mnager, c'est l'heure de manger!), que nous sommes perclus de la fatigue de devoir nous adapter a la presence d une nouvelle personne qui a besoin de notre attention quasi constante, perdus dans la logistique des couches et des lessives, des repas preparés d'une main pendant que l'autre bras porte Colline; alors que nous ne pouvons plus prévoir si nous dormirons bien ce soir ou si nous pourrons voir un film... Alors que nous perdons confiance car nous ne savons pas encore etre parents et que tant de gens autour de nous nous prodiguent des conseils tous plus inadaptés les uns que les autres, alors que notre chez nous ressemble a un bateau dans la tempete au milieu des habits de bébé qui sechent, de la vaisselle qu'on n'a pas le temps de faire, du ménage pas fait non plus, et de tout un bardas qui traine... Alors que ce manque de repere, de confiance et de calme est a son comble a minuit et des poussieres quand Colline hurle un desespoir qu on ne comprend pas...

Alors c'est la, justement, qu'il faut trouver le calme interieur. Retrouver la confiance. La rendre a celle, Colline, qui la perd parfois devant tant d'inconnu. Et donner des reperes. Pas de faux semblants : un bébé sent le stress, éprouve la fatigue de ses parents et souffre du manque de reperes dans son nouvel environnement. Il lui faut des piliers pour l'aider a voir plus loin que sa peur de ce monde encore inconnu. Alors on devient parents. L'amour prend le dessus et la patience s'installe. On n y est pas encore, chaque jour est un bout du chemin - sans fin. Mais au moins a t on decidé du pas qu'on voulait y mettre, meme si parfois encore on l'oublie - le pas de l'écoute, de la decouverte, de l'humour aussi, pour ne pas dramatiser ce qui n a pas besoin de l'etre. Et le pas de l'equilibre entre nos besoins et les siens, dans le respect de sa personne. Car Colline a beau n'avoir que 7 semaines, Colline est Colline. Et son temps est son temps, et a son rythme: temps de regards, temps de sourires depuis peu (magnifiques !), temps de sommeil parfois (tres) difficile a trouver, peut etre par trop de curiosité pour la vie qui continue autour d'elle quand elle dort. Alors elle hurle parfois dans nos bras, mais sent, contre son sein, aux heures ou on s'en sent encore la force, la ré-assurance du calme de ses parents.

Rester soi meme, tout en gagnant la sagesse et la richesse de celui qui rassure... C'est peut etre ca, etre parent. Et Colline, qui est-elle donc? Vivement qu'on la connaisse mieux encore, quand elle répondra a nos sourires, puis a nos mots et a nos pas, et vivement qu'on la redécouvre chaque jour, pour le reste de nos vies. Et qu'elle, avec nous, découvre le monde.

mardi 20 septembre 2011

(Très) bientôt

Mise à jour du 23 septembre: depuis trois jours, encore des superbes visites de Anne, Noémie, Thérèse, Stéphane, Marjolaine, Caro, Sophie; je n'ai pas le temps de m'ennuyer. Quel plaisir de vous voir, merci !

 20 septembre, j'ai passé les 8 mois : plus que trois semaines avant la date présumée d'arrivée de notre ti-pou ou tite-poune, comme disent nos amis Québécois. L'enfant a pris tellement de place et de poids dans mon corps que j'ai la sensation de n'être plus qu'un ventre. 13kg (28 livres) depuis le début de ma grossesse - 1m04 (41 pouces) de circonférence ce matin, contre 94cm il y a 3 mois et 1m02 il y a à peine 10 jours.


Plus le temps avance et plus sa croissance (du bébé et donc de mon ventre!) est exponentielle. Il paraît qu'à ce stade, la maman ET le bébé ont hâte d'être plus libres de leurs mouvements. Je veux bien le croire... Les miens sont engourdis au niveau des mains (nerf carpien écrasé) et lourds et lents pour le reste de mon corps; je me cogne souvent les pieds et jambes car je ne les vois plus, et suis fatiguée plus souvent qu'à mon tour. Sans compter les inombrables contractions, surtout en fin de journée; apparemment, j'y suis plus sensible que la moyenne! Je n'ose penser à ce que ressent bébé, écrasé(e) et tout(e) plié(e) entre mes côtes et mes jambes; il essaye bien parfois de s'étirer, mais c'est sans grand succès à part celui de me provoquer d'intenses douleurs dans le bas ventre ou dans les côtes pendant quelques secondes. Le film "Un heureux événement" dont j'ai vu hier la bande annonce semble bien retracer certains des symptomes bizarres de grossesse qu'on s'imagine mal. Espérons que la suite, après la naissance, soit plus gaie que la bande annonce ne le laisse entendre !


Heureusement, chaque visite à la maternité (pour les cours de préparation à la naissance, notamment) me rassure: équipe chaleureuse, encadrement médical compétent, très à l'écoute de la femme enceinte et de ses désirs pour l'accouchement. Le système médical français me laisse admirative, surtout quand j'entends qu'au Québec les femmes sont renvoyées chez elles souvent dans la journée même de l'accouchement, alors qu'ici on est accueillis (la femme, le bébé et même, dans ma maternité, Saint Vincent de Paul, le papa!) pendant 3, ou même 4 jours (ce sera mon cas), le temps "d'apprendre à s'occuper de son bébé" - le temps, entre autres, de "mettre en route" l'allaitement ! Alors certe, le congé maternité ne dure que 16 semaines, contre 1 an au Québec, mais... On ne peut pas tout avoir. Et puis, le boulot de Nico, à 5mn à pieds, nous laisse le temps de voir venir, et le temps pour moi de décider de ce que je veux faire de ma vie professionnelle pendant les premiers mois du bébé, après la fin du congé maternité fin décembre (congé maternité théorique tant que la sécu ne m'a pas répondu sur mes droits... Mais je commence à avoir l'habitude des 2 ou 3 mois de délai, haha!)

Entre-temps, en ce moment, mes réponses aux emails et aux coups de téléphone se font plus rares à mesure que le temps avance, non que je ne pense pas à vous tous que j'aime, bien au contraire - mais simplement car le temps se fait rare entre les inombrabres siestes qui tentent de réparer un sommeil de nuit trop léger, bien que pas inexistant (j'ai la chance de pouvoir encore dormir sur le côté grâce à un bon matelas). Je n'ai passé que 2h debout hier, contre presque 10h au lit pendant la journée! Exceptionnel quand même, d'habitude je dors moins que cela, mais j'avais du sommeil à rattrapper après ce weekend. En tous cas, je suis dans un état un peu second, prête à chaque instant pour cette grande étape et en même temps jamais complètement prête. Sans compter les aléas du quotidiens, qui prennent une ampleur importante et toute situationnelle : Nico qui s'est bloqué le dos le week-end du 11 en posant du parquet flottant (heureusement, ça va mieux!), moi et mon intoxication alimentaire de samedi dernier qui m'a empêchée de dormir toute la nuit... À peine reposés, nous voilà à nouveau fatigués ! Pourtant, ce n'est que le début de l'aventure.

(Très) bientôt, nous serons trois. Comment l'imaginer? Qui sera cet enfant? Comme le dit le poème du libanais Khalil Gibran, recopié et encadré pour ma mère  par ma tante  (sa soeur jumelle) à l'occasion de la naissance de mon frère ou la mienne, en 1979 ou 1981: "Vos enfants ne sont pas vos vos enfants."

Et de continuer ainsi:

"Ils sont les fils et les filles
De l'appel de la vie à elle même.
Ils viennent à travers vous, mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous,
Ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour
Mais non pas vos pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps
Mais pas leurs âmes
Car leurs âmes habitent la maison de demain
Que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux
Mais ne tentez pas de les faire comme vous
Car la vie de va pas en arrière,
Ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants
Comme des flèches vivantes sont projetées
L'archer voit le but sur le chemin de l'infini
Et
Il vous tend de sa puissance pour que ses flèches
Puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l'archer
Soit pour la joie
Car, de même qu'il aime la flèche qui vole,
Il aime l'arc qui est stable."

Fille ou garçon? Joueur (joueuse) ou sérieux (sérieuse) ? Timide ou téméraire? Et tellement d'autres qualificatifs, qui évolueront au cours de sa vie à nos côtés, nous qui auront la chance de le ou de la voir grandir.

En attendant, le temps se passe entre le fignolage du nid (pour ceux qui ont lu les Marsupilami, celà devrait vous parler!) et les indispensables temps à deux dont nous essayons de profiter au maximum. Et puis, bien sûr, les temps avec nos amis, dont nous ne nous lassons pour rien au monde. Amis qui nous aident à tenir, à avancer, à construire... Comment aurions-nous pu finir "le nid" si Sophie, Alban, Céline et Alexis ne nous avaient pas aidé avec les peintures et la pose du parquet?







Nous voilà maintenant presque fins prêts, dans notre 3 pièces (4 1/2 pour les Québécois) ensoleillé du quartier du Grand Palais. Chipie nous a quitté récemment pour aller loger (confortablement !) chez ma tante. La braderie (sous l'eau ! ) est passée avec ses 3 millions de personnes les 3 et 4 septembre, où nous avons pu voir Julien et son ami Nico et inviter Caro, Marjo et les autres pour des crèpes, et une belle balade récemment au Cap Blanc Nez, tous les deux.






Les parents de Nico ont aussi fait suite aux miens pour nous rendre visite ce weekend, histoire de voir l'installation. Comme on dit en riant, on se croierait dans un appartement "d'adultes" tellement il est beau. Et quelle joie de penser à vous tous qui bientôt peut-être nous y rendront visite! Les portes vous sont toutes ouvertes, on vous attend !